ZAP SPECIAL TRAVELLING MARSEILLE

L'Eléphant d'Or
   

Samedi après-midi, l'Eléphant d'Or a été remis au dessin animé, Hamilton Mattres de Barry Purves. Le jury d'enfants ne s'y était pas trompé car à la rediffusion du dessin animé samedi soir, même les plus grands semblaient particulièrement conquis. Et à raison, car les dessins, les personnages, le scénario et la morale qui en découle, sont tout à fait réussis. Hamilton Mattres raconte l'histoire d'un drôle d'animal, "un oryctérope", condamné à habiter dans le monde du « bas » et à chasser des fourmis, en raison de sa pauvreté et de sa laideur. Mais cet oryctérope, ce qu'il souhaite le plus, c'est avoir un beau pantalon comme en ont les gens beaux, les gens du haut (ces beaux animaux sont des oiseaux). Il ira dans ce monde, car Hamilton Mattres (c'est le nom qu'il prendra) possède un talent, c'est un formidable musicien.

Accompagné de son impresario (sous la forme d'un ver), il lui arrivera toute sorte de péripéties. La morale de cette histoire est multiple, c'est que la beauté extérieure et le luxe matériel sont bien peu de choses comparés à l'importance d'avoir une famille et des amis. Bien d'autres messages encore sont transmis, avec humour, par ce magnifique dessin animé dont je ne pouvais pas manquer de dire ces quelques mots. En souhaitant beaucoup d'avenir à Hamilton Mattres.



Article : Maëlle

Le petit voleur
   

Réalisateur Erick ZONCA
Producteur AGAT FILMS ET CIE
Durée 1h03min Année 1999

Samedi 28 février, 18h00 à l?Arvor

Ce film c?est l?histoire de Esse, un jeune mec un peu rêveur, un peu branleur, qui ne supporte plus les boulots minables et les patrons et qui quitte sa petite ville de province pour les bas fonds de la cité phocéenne pour faire son initiation à la vie de lascar.
Ce film c?est l?histoire d?une descente aux enfers. Loin de ses rêves d?argent facile et de liberté, c?est à la sombre réalité et à la perte de ses illusions que sera confronté notre anti-héros : fausses amitiés, violence, humiliation, galère, prostitution. Bad trip loin des clichés du gangstérisme véhiculés par le ciné, le bilan de cette vie hors la loi est sombre et hardcore.
Ce film, c?est à l?origine une commande pour la télévision franco-allemande Arte. Réalisé en quatre semaines avec très peu de moyens, il surpasse la concurrence : sobre, brut et réaliste, le style sert le propos, ne cherchant pas à séduire il parvient à convaincre. C?est une plongée quasi documentaire, un voyage au bout de la nuit dans le Marseille des maquereaux et des petites frappes.
Ce film c?est un message : la vie facile est un mirage qui piège les jeunes perdus dans leur propre désert.
Ce film c?est un coup de tibia dans les côtes.

Article : KLM

A la place du coeur
   

vendredi 27 février 2004- au TNB- 22h30

Une histoire d'amour où le temps n'est qu?aventure. Un amour qui nait dans le coeur de deux enfants et qui se livre à tous les combats. Combats contre le racisme présent dans une ville où être "black" peut vous mener en prison. C'est le cas de François, dit "Bébé", accusé de viol à tord. Clémentine, sa petite amie, attend un enfant de lui. Alors qu'il est en prison, sa "famille" tente le tout pour le tout pour lui permettre de sortir et de voir naître et grandir son fils près de lui. Un amour plus fort que les barreaux d'une prison, un amour qui franchira des frontières, autant matérielles que psychologiques...

Article : Fabienne

Interview de Michel Samson
   

Michel Sansom.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Michel Samson et Jean-Louis Comolli se sont associés pour réaliser sept documentaires sur la vie politique marseillaise. Plus précisément sur les campagnes électorales depuis 1989. Rencontre avec Michel Samson, journaliste de la région PACA pour Le Monde.

ZAP : La façon de concevoir vos documentaires est originale. Nous avons remarqué que pour Marseille contre Marseille (sur les élections municipales de 1995), vous n'utilisiez pas de voix-off ce qui donne un résultat surprenant pour des spectateurs non avertis.

M.Samson : Vous avez très bien vu et dans le dernier "Marseille de père en fils", il n'y a même aucune voix off. Dans Marseille contre Marseille, il y en avait un peu au début (NDRL : le film commence par une recontextualisation, la voix off situe les évènements). Quand au dernier, il n'y en a pas du tout ce qui représente un succès pour nous deux.

ZAP : Vous sentez vous acteur de ces documentaires au même titre que les autres intervenants ?

M.Samson : Avec Jean-Louis, on filme des personnages. Lorsque l'on s'intéresse à une question politique comme qu'est ce que le tapisme par exemple, on ne fait pas asseoir les gens derrière une table en leur posant cette question. On filme des tapistes et donc ce sont des personnages. Et l'on s'aperçoit que ces gens vivent ensemble, qu'ils s'engueulent, qu'ils s'aiment et qu'ils se trahissent, comme des histoires, comme des fictions. Mais en vérité, la vie politique, c'est comme ça. Nous, on ne cherche pas à faire des documentaires pour expliquer aux gens ce qu'ils doivent penser, on cherche à faire des films qui montrent aux gens les choses telles qu'elles sont. Donc, on suit ces personnages et pour les suivre, il y a un personnage qui s'appelle Michel Samson, qui est moi et pas moi. Ce personnage sert à écouter. Parce que le problème des documentaires, c'est que les gens parlent dans le vide. Quand ils ont envie qu'on les écoute, ils s'adressent à qui ? A la caméra, au spectateur, ils ne le savent pas. Quand on reste un an avec quelqu'un, il finit par vous embrasser, forcément. Je ne suis ni inférieur ni supérieur à eux. J'en sais un peu plus qu'eux souvent, parce que c'est mon métier. Mais ce n'est pas une raison pour être au-dessus ou en dessous d'eux. Moi, je veux comprendre ce qui se passe et parfois je ne comprends pas. Parfois je suis complètement paumé et c'est ce qu'on montre avec Jean-Louis. On montre le travail de journaliste.

ZAP : C'est vrai que nous avons l'impression d'assister à une véritable enquête...

M.Samson : Pour nous, il est aussi important de montrer au spectateur comment nous obtenons les informations. C'est comme les protocoles d'expériences scientifiques, pour qu'elles soient valides, il faut que l'on sache dans quelles conditions elles ont été réalisées. Pour nous, c'est la même chose, nous montrons comment nous cherchons les informations quand nous sommes journalistes politiques. Et nous montrons le journalisme politique, tel qu'il est, qui réussit, qui se trompe.

ZAP : A l'état brut ?

M.Samson : Non pas à l'état brut, il n'y en a pas. C'est une mise en scène mais le journal télévisé est aussi une mise en scène.

ZAP : On a l'impression dans vos films que les gens restent eux-mêmes.

M.Samson : Bien sûr, parce qu'on leur explique avant, pendant et après. S'ils veulent se retirer, ils le peuvent.


ZAP : On a pourtant le sentiment que vous filmez de façon spontanée.

M. Samson : Au contraire, on est tout sauf spontané. On reste des heures avec eux et on essaie d'être là au moment où il le faut. Ce qui choque les gens, c'est qu'ils n'ont pas l'habitude de voir le réel filmé mais le réel que l'on filme, il est plutôt comme ça, c'est la télévision qui est entièrement artificielle. Nous, on construit la mise en scène et on suit des personnages. La différence avec les autres, c'est que l'on prend beaucoup de temps, on les écoute vraiment. Moi je suis l'envoyé spécial du spectateur, je le représente. Finalement, c'est aussi un film sur le journalisme. C'est une critique du journalisme, toujours impeccable, qui méprise un peu tout le monde, qui n'écoute pas.

ZAP : Dans vos films, c'est vrai, on ressent l'émotion lorsque certains hommes politiques ont des coups durs, on le voit.

M. Samson : Oui mais c'est parce qu'on vit le moment avec eux, on le partage, on attend, on est fatigué comme eux. On crée un lien avec eux. Donc ils nous respectent parce qu'on les respecte. Il faut aimer les personnages que l'on filme sinon ils ne vous disent rien.

ZAP : A la table ronde avec Jean Louis Comolli, il nous disait que vous n'aviez subi aucune pression ni aucune censure de la part des politiques pour la raison que vous ne recherchiez pas le spectaculaire.

M.Samson : Nous, on cherche à ce que les gens soient le mieux possible et qu'ils disent ce qu'ils ont à dire. Pourquoi je supposerai qu'ils mentent? Au nom de quoi je devrai toujours chercher à les débusquer.

ZAP : Vos films humanisent les hommes politiques, on les voit comme des gens comme tout le monde, il y a moins cette barrière entre eux et nous.

M.Samson : Oui, mais ce ne sont pas vraiment des gens comme tout le monde au sens où on ne s'intéresse jamais à leur vie privée. On les filme dans leur travail politique, dans leur existence politique. L'élu n'est pas tout à fait comme vous et moi, il porte autre chose que lui-même. En revanche, on les filme comme des corps, des gens qui existent. Parce que la politique, c'est toujours des hommes, des femmes qui gagnent, qui se battent, qui perdent. Ce ne sont pas tout à fait des gens ordinaires, ce sont des acteurs politiques. Mais c'est vrai qu'on les filme à hauteur humaine.

ZAP : Vous formez un bon duo, comment s'est faite votre association ?

M.Samson : Jean-Louis était déjà cinéaste et il avait lu des articles que j'avais écrit. Il est venu me voir pour préparer le premier film qu'il faisait sur Marseille. On s'est donc rencontré et je lui ai parlé de ce que je savais. Ca l'a intéressé et il m'a proposé de jouer le rôle du personnage qui enquêterait. J'ai un peu hésité puis en regardant un film qu'il avait réalisé, j'ai accepté parce que Jean-Louis filme les gens sans mépris. Et pour moi c'était décisif.


Michel Sansom.

Article : Maëlle & Dothy

Interview Carine Tardieu et Eric Jameux
   

Eric Jameux & Corine Tardieu.

Cette réalisatrice est l'auteur d'un court métrage en compétition L'Aîné de mes soucis, qui raconte l'histoire d'une jeune mère atteinte d'un cancer. La perte de ses cheveux devient sujet au regard des autres. Ses enfants et son mari tentent par plusieurs initiatives que la perruque qu'elle porte ne s'envole pas, sans résultat. Pour finir, toute la famille se rase la tête et attire les regards. Mais le plus important, c'est qu'ils soient tous les quatre. Rencontre.

ZAP : Le sujet dans L'Aîné de mes soucis est difficile mais vous le traitez avec optimisme, était-ce votre volonté de ne pas tomber dans un certain pessimisme ?

Carine Tardieu : Oui absolument. Le premier court métrage que j'ai réalisé, qui s'appelle Le Baiser des autres, est un film qui traitait de l'adolescence et qui se terminait plutôt mal avec l'annonce de la mort de la mère. C'était un film plutôt sombre. J'avais perdu ma mère d'un cancer il y a trois ans et je suppose que le temps a fait son travail par rapport au deuil. Mon deuxième film devient le positif du premier. Malgré moi ou inconsciemment, j'ai réalisé un hymne à la vie.

ZAP : La performance des acteurs est remarquable dans le film aussi bien pour la mère que pour les enfants. Cela a du être une expérience particulière pour eux ?

C.Tardieu : La comédienne qui joue le rôle de la mère, je l'ai rencontré en casting à Paris. Ce n'était pas évident au départ de trouver une actrice qui acceptait de se raser le crâne pour un court métrage, bénévolement. J'ai donc cherché des actrices pas trop connues, qui ne travaillaient pas énormément et qui pouvaient donc se permettre ce sacrifice capillaire. J'ai craqué sur la deuxième comédienne que j'ai vu parce que j'ai su qu'à l'image, elle allait être immédiatement belle, émouvante, étrange et pas forcément avec un visage, symbole de la maladie. Pour ce qui est des enfants, tout s'est fait assez naturellement. Pour le plus grand, Virgile (10 ans 1/2), il a très bien analysé l'histoire et ce qui se passait sur le tournage. Il était très sérieux. Pour le plus petit de 4 ans 1/2, Hugo, ce n'était pas très concret de jouer dans un film donc toutes les scènes étaient apparentées à des jeux. Pour ce qui était de se raser le crâne, cela n'a pas posé de problème.

ZAP : Dans vos films, votre souhait est-il de faire passer un message ou tout simplement de raconter une histoire ?

C.Tardieu : Je n'ai pas du tout la volonté de faire passer un message. Mon but c'est de donner du plaisir aux gens dans une émotion ou dans une autre, dans le rire ou dans les larmes. Je ne me pose surtout pas la question du message, qui je serais pour faire passer un message à qui que ce soit. J'ai des idées et je les raconte.

ZAP : Vous sentez-vous suffisamment libre dans le format du court-métrage pour exprimer ce que vous souhaitez ?

C.Tardieu : C'est justement un format que j'adore. Je n'ai pas encore envie de passer au long métrage. L'idée d'arriver à faire passer le maximum de choses en un minimum de temps me plaît énormément. J'aime les histoires courtes. J'essaie de lire une nouvelle tous les soirs. J'adore la sensation de rentrer dans un univers, d'en ressortir dix pages plus tard et d'avoir eu une histoire en entier.

 


ZAP : Quelle importance représente pour vous le fait de gagner un prix dans un festival comme Travelling ?

C.Tardieu : A Travelling, j'ai l'impression que ce n'est pas la compétition qui prime. Il y a simplement 16 courts métrages en compétition alors qu'à Clermont-Ferrand, il y en avait 55.
(A ce moment, le réalisateur de Pacotille, Eric Jameux nous rejoint et vient répondre à la question)

E.Jameux : Pacotille a souvent reçu le prix du public ce qui représente un très beau cadeau. C'est touchant d'être récompensé par le public. Cela fait toujours plaisir de recevoir un prix. Cela donne confiance en soi et envie de continuer. Cela permet aussi de réaliser d'autres courts métrages.

ZAP : Est-ce que ce n'est pas difficile d'obtenir des fonds pour réaliser des courts métrages ?

C.Tardieu : C'est en effet un milieu qui est difficile, la plupart du temps, cela se fait bénévolement. Mais l'avantage c'est que tout se passe dans une ambiance assez exceptionnelle. Je ne suis pas sûre de retrouver dans les festivals de long métrage, la même chaleur.

ZAP : Si ce milieu brassait beaucoup d'argent, peut-être y aurait-il moins d'authenticité ?

C.Tardieu : Quand une équipe s'engage sur un court métrage, ce n'est pas une question d'argent. Les gens s'investissent parce que le film leur plaît, parce qu'il aime le travail du réalisateur. C'est aussi un échange de bons procédés, pour certains acteurs, cela leur permet de se faire une expérience. Pour d'autres acteurs et techniciens connus ou qui ont déjà beaucoup travaillé, c'est un vrai plaisir pour eux de retrouver l'ambiance d'un court métrage.

ZAP : En ce qui vous concerne, Eric Jameux, est-ce que Pacotille est votre première réalisation?

E.Jameux. : J'ai réalisé un court métrage avant qui s'appelle Faux contacts il y a deux, trois ans, avec Sylvie Testud. Il était beaucoup plus noir que Pacotille qui est une pure comédie. J'en ai tourné un troisième qui est un moyen métrage mais loin cette fois-ci de la comédie. Pour rejoindre ce que disait Carine, le court métrage est un espace où l'on apprend, techniciens, comédiens, réalisateurs. C'est un terrain d'essai. Mais la plupart du temps, les gens sont passionnés.

Carine Tardieu a reçu le prix Collège au cinéma (1525? offerts par le Conseil Général d'Ille et Vilaine) pour L'Aîné de mes soucis et Eric Jameux, le prix du public honorifique pour Pacotille.



Corine Tardieu (à gauche)
& Eric Jameux ( à droite)

Article : Maëlle & Dothy

Interview Alix de Maistre
   

Alix De Maistre.

Alix de Maistre est la réalisatrice du court métrage De nouveau lundi, en compétition. C'est son premier court métrage. Elle a auparavant réalisé une maquette de long métrage. De nouveau lundi aborde le sujet difficile de l'inceste. Rencontre.

ZAP : Comment avez-vous appréhendé la réalisation de ce court métrage, de quelle manière avez-vous choisi le sujet ?

A.de Maistre : Je voulais faire un court métrage afin d'avoir une première expérience en vue d'un long. J'ai lu plusieurs livres et je suis tombée sur Susanna Tamaro, une italienne qui a écrit de nombreuses nouvelles, toutes inspirées de faits divers. Les sujets étaient très difficiles mais j'ai trouvé que ces nouvelles étaient de magnifiques structures courtes. La nouvelle que j'ai choisi correspond au 25 mn de mon court, elle était parfaitement adaptée pour ce format. Pour ce qui est du thème, il est assez pénible...

ZAP : Etait-ce une volonté dès le départ d'aborder un thème comme celui-ci ?

A.de Maistre : Au départ, pas vraiment. Et puis c'est l'écrivain que j'ai choisi, je n'avais pas décidé de faire un court sur le thème de l'inceste.

ZAP : Avez-vous un but bien défini concernant le cinéma, est-ce pour vous une façon de dénoncer, de s'engager, où votre souhait premier est-il avant tout de raconter une histoire?

A.de Maistre : Raconter quelque chose, c'est évident, c'est tout ce que j'aime. Ensuite il est sûr que l'on injecte une grande partie de soi. Je ne crois pas que ce soit mon truc de délivrer des messages. Mon but pour moi, c'est d'arriver à créer sur des thèmes pas forcément tous aussi noirs, une certaine connivence, osmose avec le public. Le public doit ressentir des émotions. Le plus difficile, c'est d'arriver à trouver une forme de connexion sur un sujet aussi dur et inexplicable.

ZAP : D'après vous, est ce que finalement, le court métrage n'apporte pas plus de liberté qu'un long ?

A.de M. : Sur ce thème, je n'aurai jamais réalisé un long. Pour moi, le court métrage m'a permis de me libérer artistiquement. Mais il reste très difficile de réaliser un court, sans expérience et sans aide. Ce n'est pas évident.

ZAP : Pourquoi avoir choisi la couleur à la place du noir et blanc, puisque pour certains réalisateurs, le noir et blanc est la couleur du cinéma ?

A.de M. : La couleur, telle que je l'ai choisi, est très tranchée, très dure et très excessive (vert, rouge et blanc). Cela représentait la volonté de créer un univers clos, un peu étouffant en contraste avec des personnages plus difficiles à cerner. La couleur raconte leurs excès.

ZAP : Quels sont vos projets futurs ?

A.de M. : J'ai deux longs métrages en projet, l'un écris avec quelqu'un, l'autre seule.

ZAP : Etre présente sur un festival comme Travelling, est-ce que c'est une façon de faire connaître votre travail ?

A.de M. : Pour moi c'est déjà la reconnaissance de mon travail. Car lorsque j'ai choisi ce sujet, je savais dès le début que j'allais avoir des détracteurs, d'autres personnes enthousiasmées et que les deux avis s'opposeraient. Ce n'est pas un sujet consensuel. Chaque sélection de mon court métrage dans un festival comme Travelling que je trouve très bien, me fait plaisir. C'est aussi agréable d'entendre le public parler du film.

ZAP : Et en ce qui concerne le prix lui-même, puisque votre film fait parti des courts métrages en compétitions ?

A.de M. : Le prix est très important mais du fait du sujet que j'ai choisi, je ne pense pas l'avoir. Un film qui reçoit un prix est projeté et le mien jette un froid. En plus, dans un jury, il y a forcément des avis différents. Il faudrait que le côté « très pour », s'il y en a un, l'emporte sur le côté « très contre ». Ce côté contre viendrait probablement de la violence présente dans mon court métrage et je le comprends très bien. A l'inverse, lorsqu'ils ont aimé le film, cela me touche au plus haut point, parce qu'ils sont tout à fait dans la direction que j'ai voulu donner. En ce qui me concerne, je connais très bien la direction que j'ai choisi mais je ne donne pas au public la solution du film, sur un plateau. Avec un sujet de ce type, tout doit se faire par la subtilité. De plus, le thème de l'inceste reste un tabou monumental. Volontairement, j'ai axé mon personnage principal sur le rôle de témoin. Je me suis rendu compte que "la capacité à ne pas voir" est quelque chose qui touche absolument tout le monde, même la personne la plus ordinaire qui soit.

ZAP : Finalement, ce film contient bien d'autres thèmes que l'inceste. Il parle aussi de ce rôle de témoin et de notre capacité parfois à fermer les yeux sur ce que l'on voit.

A.de M.: Oui, l'incapacité à faire face, comment l'être humain est capable de se voiler. On ne peut pas se mettre à la place d'un témoin qui vit ce genre de choses. On parle toujours de la victime mais en ce qui me concerne je ne voulais pas entrer dans le domaine du pathos, je ne souhaitais pas non plus prendre le point de vue du bourreau parce qu'il est très difficile d'appréhender ce qui peut se dérouler dans sa tête.

ZAP : En ce qui concerne le nouvelle de départ, comment l'avez-vous adapté au cinéma, l'avez-vous suivi à la lettre ou avez-vous apporté votre contribution ?

A.de M.: La nouvelle est à l'origine un journal, l'écrivain écrit jour après jour ce qui lui est arrivé. Elle se ment à elle-même. L'aveuglement y est lisible. Il était hors de question de faire une voix-off parce qu'il fallait maintenir une distance avec l'héroine. Lorsque l'auteur écrit son journal, elle est décalée par rapport aux évènements. Moi je devais être dans les évènements et inscrire mon personnage dans le présent des actes. Le propre de l'adaptation, c'était d'arriver à investir ce présent de façon très insupportable. Je voulais absolument conserver la profondeur des sentiments ressentis et l'âme humaine de mon héroïne. Pour que le public soit ému par cette femme, je devais montrer sa souffrance qui n'est pas visible dans la nouvelle. Et surtout ne pas tomber dans le cliché et éviter que le public puisse mettre une étiquette sur un personnage. Tout doit se réaliser dans la suggestion. Mais je suis consciente du malaise que peut provoquer mon film.

Il faut croire qu'une part du public a été sensible à ce qu'Alix de Maistre a voulu transmettre par son court métrage puisqu'à son plus grand étonnement, elle a reçu samedi soir le prix Cinécourts. Ce prix représente l'achat de son court métrage pour diffusion dans l'émission Cinécourt sur la chaîne Cinécinéma.


Alix De Maistre

Article : Maëlle