ZAP SPECIAL TRAVELLING MARSEILLE

Jean-Claude Izzo
   

Total Khéops / Alain Bévérini
Mercredi 25, 17h30 au Tambour (Villejean)
Jeudi 26, 22h00 au Liberté
Samedi 28, 15h00 au Triskel (Betton)

Lundi, deux films adaptés de romans de Jean-Claude Izzo étaient en projection au Liberté : Total Khéops et Les Marins perdus. Ce qui m'a marqué en premier lieu, c'est l'univers, l'atmosphère qui se dégage de ces films. Les mondes qui défilent sous nos yeux et se construisent au fur et à mesure des images, nous paraissent à la fois fictifs et réels, passés et présents. Les personnages nous semblent loin et si proches en même temps de nous. Et si je n'ai pas lu les livres du romancier, je pense que je peux me fier au jugement de sa femme, Catherine Izzo qui avait tenu à dire quelques mots avant la projection des Marins perdus. Elle était très émue d'être présente à Rennes pendant Travelling car son mari était très attaché à cette ville et aussi à celle de Saint-Malo puisqu'il était un des fondateurs du festival Les Etonnants Voyageurs. Emue aussi par la projection de ses films, elle disait hier soir que le public retrouverait l'univers de son mari dans le film de Claire Devers, Les Marins perdus, filmé après la disparition de Jean-Claude Izzo.
Total Khéops a été réalisé par Alain Bévérini en 2001. Il raconte le destin tragique et en même temps intimement lié de quatre amis, trois hommes et une femme sur "fond de cité marseillaise". Il nous dit comment deux des hommes choisissent la voie de la mafia et l'autre celle de la police, comment cette femme voit les hommes qu'elle aime s'affronter et mourir. Car c'est cela que nous raconte ce film, ce lien qui unit les hommes et qui peut les séparer à tout moment de la même façon et avec la même passion. On peut souligner aussi la grande qualité des acteurs tels que Richard Boringer et Marie Trintignant.


Mais j'avoue qu'entre les deux films, j'ai une petite préférence pour Les Marins perdus. Ce n'est pas un polar, nous n'y trouvons ni mafia, ni policiers et l'intrigue y est beaucoup moins mouvementée que pour le premier film. L'histoire part d'un drame toujours d'actualité et peut-être plus que jamais : c'est le récit d'un cargo bloqué à quai et dont le capitaine est obligé de renvoyer les marins. Dans le film, trois d'entre eux choisissent de rester, pour quelle raison, ils ne le savent pas vraiment. Ils semblent liés à la destinée de ce bateau. Car l'on évoque que trop rarement la tragédie que représente le blocage d'un bateau pour les hommes qui y travaillent et qui en vivent : l'attachement au bateau et aux marins, les mois de travail non payés et peut-être plus encore "le mal de la terre". Pour le capitaine du bateau, c'est aussi sa vie qui bascule dans la folie parce qu'il perd sa raison d'être. Ce film est à la fois réaliste par l'actualité de son sujet et fictionnel par la poésie qui se dégage des personnages et de leur destin.
A vous de faire votre choix mais il est sûr que les deux valent plus qu'un détour.

Les Marins perdus / Claire Devers
Mercredi 25, 20h45 au Foyer (Acigné)
Vendredi 27, 20h30 au Sévigné (Cesson-Sévigné)
Samedi 28, 17h00 à L'Espérance (Chartres de Bretagne)

Article : Maëlle

LES TRIPLETTES de belleville
   

Vendredi 27 février 2004, 14h00, le Liberté

Les Triplettes de Belleville, de Sylvain Chomet

Ce dessin animé raconte la mésaventure de Champion dans les années 1950, un cycliste hors pair, qui ne consacre sa vie qu?à sa passion.

Le tour de France est à Marseille, où des mafieux français kidnappent le Champion et le maillot jaune dans une fausse voiture-balais. Ils partent en bateau pour Belleville. Mais, Souza, la mémé, et Bruno, le chien, vont suivre l?épopée de leur protégé. C?est avec les Triplettes de Belleville que ces derniers se retrouvent. Il s?agit de soeurs qui chantent depuis des décennies dans le même cabaret. On appréciera alors la musique, avec la chanson « ..rendez-vous ouh ! ouh ! », qui fut récompensée aux Césars. L?univers mafieux et marginal des protagonistes est proche de celui que le cinéma pourrait mettre en scène avec ces personnages qui ne sont pourtant que du dessin animé ! La vie est rude pour les Triplettes mais pleine de joies, et, tout ce petit monde s?attaque aux vilains mafieux qui font faire des paris sur les meilleurs cyclistes.
Ce film est un polar original et un dessin animé incontournable !
Il est d?ailleurs dans la course aux Oscars...


Article : Julie

CINE MIX
   

Dimanche 22 février, 20h00, Le Liberté



L?alliance novatrice du CinéMix conjugue talent et originalité

Les Troublemakers ont exploré un nouvel espace de création artistique avec l?expérience de Ciné-concert , dimanche 22 février au Liberté. Ou plutôt devrais-je dire : le collectif Shogun car seul DJ Oil fait parti des Troublemakers. Shogun lui, est composé de DJ Rebelle, DJ Oil et Magik Malik, ce sont donc ces trois marseillais qui ont remixé la bande son du film de Claire Denis : Nénette et Boni en direct dans la salle de cinéma. « On découvrait le film en le jouant » me confie DJ Oil. Puis il ajoute « j?avais déjà vu Chocolat de la même réalisatrice, et on avait lu le scénar? de Nénette et Boni mais ce soir (ndlr : dimanche 22) on voyait tous les trois pour la première fois le film ». Surprise par cette improvisation totale, je lui demande comment une telle performance est possible. « Il y a une réelle alchimie entre nous, pendant le mix on se parlait, on s?écoutait » me confie DJ Oil.
De l?avis général du public, le remixage de la bande son du film est vraiment réussi, pour Matthieu, étudiant à l?E.S.R.A. : « il y a une réelle performance de synchronisation du son avec l?évocation des images, le résultat est remarquable ! ». En effet, « cette improvisation qui est le maître-mot de notre union » selon Magik Malik, conduit a un résultat exceptionnel tant par sa qualité que son originalité. Cette rencontre entre bobine et platine révèle une nouvelle façon de concevoir le cinéma et son environnement sonore ; mais constitue aussi un moyen non négligeable de stimuler les spectateurs. En espérant que ce concept se poursuive et s?étende dans d?autres manifestations culturelles.


Article : Dothy

Les Sables Mouvants
   

Jeudi 26 février, 22h30 au TNB

1958, Manuel a fui l?Espagne de Franco, régime fasciste qui interdit le syndicalisme, notamment. Il est accusé d?avoir tué un officier de la Guardia Civil, lors d?une grève dans la mine de Bilbao où il travaillait. Arrivé en Camargue, il se fait embaucher chez un manadier escroc et brutal qui exploite ses travailleurs clandestins et magouille avec un promoteur. Ce dernier essaie de monter les gens entre eux pour s?approprier ce coin du marais et y construire son idée de la modernité, un complexe hôtelier.
Ce film montre la violence des rapports de pouvoir, de cupidité que font peser les propriétaires sur leurs employés. Dans un décor magnifique, pour les vacances, mais si rude pour ceux qui y travaillent, Manuel devra éviter les pièges et ne pas finir dans les sables mouvants. Roger, le patron de Manuel est un personnage complexe, victime de son besoin de vengeance des humiliations qu?il a subi, lui-même immigré italien.

Du grand cinéma engagé, qui prend le temps de décrire les injustices, d?explorer les tensions et la condition d?immigré sans manqué de poésie.
Très beau film de Paul Carpita.


Article : Rousty

A L'attaque
   

Ariane Ascaride, est venue présenter le film, jeudi au Liberté.

Robert Guédiguian signe, dans A l?Attaque, une délirante mise en abîme de son métier et des coulisses de l?écriture d?un film. Il tente avec son acolyte d?écrire le scénario d?une fable politique. Et c?est quoi un film politique me direz-vous ? « Eh bien, les riches contre les pauvres? », c?est aussi simple que ça.
Au fur et à mesure que le film s?écrit, se modifie, l?histoire de Lola et de toute sa troupe se met en place à l?écran. D?abord les personnages, il faut un rôle pour chacun, puis l?intrigue qu?ils voudront simple et claire comme un conte, avec des gens heureux à la fin.
C?est dans un petit garage du quartier de l?Estaque que vivent les protagonistes, la femme du réalisateur, Ariane Ascaride, dans le rôle de Lola, Jean-Pierre Darroussin, excellent en garagiste célibataire mais pas solitaire et tous les autres habitués de Guédiguian, comme dans Marius et Jeannette, Marie-Jo et ses deux amours. Ce petit garage familial se bât contre le PDG d?EuroConteneurs, la multinationale qui va bientôt être délocalisée au Maroc, laissant nos amis sur la paille.
Je me suis poilé !

Article : Rousty

Le documentaire et la fiction
   

Projections :
L'Ombre rouge, vendredi 27, 20h00 au Liberté
Rêve de France à Marseille, Jeudi 26, 20h30 à Beaulieu
Vendredi 27, 13h30 au TNB

Mercredi après midi au Liberté haut, nouvelle table ronde concernant cette fois le travail de Samson et Comolli. Tout d'abord, courte présentation : Jean-Louis Comolli est un critique et réalisateur marseillais jugé incontournable pour représenter le cinéma de sa ville; Michel Samson est quant à lui, journaliste pour Libération d'abord puis correspondant de la région PACA pour Le Monde ensuite. Deux références donc, qui, associées, ont réalisé plusieurs documentaires plus qu'enrichissants, sur le monde politique marseillais. Au départ un seul film était prévu, résultat sept documentaires autonomes les uns vis à vis des autres, relatant les grandes batailles électorales qui se sont jouées à Marseille depuis 1989.
Jean -Louis Comolli était donc présent pour expliquer son travail aux spectateurs de Travelling. Pour lui, Marseille était la ville idéale pour s'intéresser à ce sujet car elle représente à ses yeux un véritable laboratoire. Laboratoire ou amphithéâtre, cette ville semble avoir un destin particulier au niveau politique, intéressant tous les partis, de Bernard Tapie à Jean-Marie Le Pen. Pour le réalisateur, Marseille est aussi une ville différente des autres car il n'y existe pas de banlieues. Les pauvres comme les riches se côtoient au c?ur de la ville et tous participent à l'élection de leur maire. C'est grâce, ou à cause, de toute cette agitation électorale et de la montée du Front National en région PACA que plusieurs films ont été réalisés après celui sur les élections municipales de 1989.

Concernant la réalisation de ces documentaires, Jean-Louis Comolli dit n?avoir subi ni pression ni censure. A Marseille, nous dit-il, "les hommes politiques sont d'accord pour être filmés et nous sommes bien accueillis. A partir du moment où nous ne recherchons pas le spectaculaire mais où nous cherchons à créer du récit, il n'y a pas de problème. C'est cela la force du cinéma documentaire. On transforme la politique en récit."
Force est de constater à la projection de Marseille contre Marseille, par exemple, que les candidats aux élections municipales de 1995, parlent avec assez de facilité devant la caméra. Ensuite, j'ai été particulièrement surprise par le déroulement ou le genre lui même du film. Et Jean-Louis Comolli est venu répondre à cette question de l'inscription dans un genre ou pas de ses films. Dans un documentaire, "on ne filme jamais des choses réelles, on filme la façon dont les gens se redistribuent eux-mêmes dans le film. Les gens se mettent en scène", nous explique-t-il. Et c'est justement cela ce qui fait l'originalité d'un film comme Marseille contre Marseille, il n'y a pas de voix off, pas d'interventions autres que celles des acteurs même s'il s'agit de personnes réelles. Le journaliste et le cameraman semblent être simplement les médiateurs entre les intervenants et les spectateurs. " La vérité vient de l'intérieur du récit et de la confrontation des gens avec les autres."
Mais Jean-Louis Comolli revient sur les thèmes de Marseille, de la politique, de l'immigration et aborde aussi le sujet de l'abus de langage. Il explique comment le pouvoir rentre dans l'esprit des gens par les mots. Comment le terme "sécurité" à l'origine employé par le Front national devient un mot utilisé par tous et le sujet prioritaire de la dernière campagne présidentielle. Le cinéma pour le réalisateur est "une façon de faire prendre conscience aux gens de cette manipulation". Finalement Jean-Louis Comolli et Michel Samson sont des gens passionnés par les sujets et les personnes qu'ils filment. Et cela passe en priorité.

 

 

 

 

 

Article : Maëlle