LES INCONTOURNABLES

LES FILMS :
[ 11"09'01 ] [ Kandahar ] [ Le jour ou je suis... ] [ Où est la maison de mon ami ]
[ Le Cercle ]  [ Et la vie continue ] [ The Longuest Night ]  [ Salam Cinema ]

11??09?01
   

Onze minutes et onze secondes, c?est le temps que durent chacun des courts métrages qui composent ce film. De l?Iran au Japon, onze regards différents sur le drame new-yorkais de septembre 2001, signés parfois par des noms bien connus ( Claude Lelouch, Youssef Chahine, Sean Penn, Ken Loach, Amos Gitaï?)

De l?évocation du onze septembre chilien 1973 à la bombe d?Hiroshima, des attentats en Israël aux morts de Bosnie : « une entière liberté d?expression » bien utilisée qui oppose à la douleur américaine celle d?un monde exsangue.

La série s?ouvre sur une réalisation de l?iranienne Samira Makhmalbaf ( à laquelle le film doit sa présence à Travelling Téhéran). Elle met en scène l?imcompréhension d?une poignée de petits iraniens face à l?événement : la seule tour qu?ils aient jamais connue est la cheminée du four de l?usine de briques dans laquelle ils travaillent?
  Entre sourires (des enfants du Burkina Faso à la poursuite de Ben Laden) et Larmes ( étais je la seule à en verser une devant l?écran noir du court Mexicain, à l?écoute des messages d?amour laissés par les victimes sur les répondeurs de leur famille ?) : 11??09?01 est un retour émouvant sur les attentats du World Trade Center. Il multiplie intelligement les points de vues et pose de pertinantes questions.

A voir absolument !

Article : Julie D
11'09''01
   

Le festival Travelling dans sa programmation permet de revoir des courts métrages ou d'en découvrir. Moi, il m'a permis de voir les courts métrages du projet 11'09''01 réalisés en réaction de cette journée du 11 septembre 2000, par des réalisateurs des cinq continents.

Le rapport direct avec Travelling Téhéran, est une femme, Samira Makmalbaf qui a participé à ce projet et réalisé un court métrage.

A travers les regards, des enfants d'une briqueterie iranienne et de leur institutrice, Samira Makmalbaf oppose les attentats du 11 septembre aux états-unis à la condition de vie des enfants dans le monde, Dieu et l'homme, la commémoration d'une minute de silence aux réflexions justes et pertinantes des jeunes écoliers.

Ce projet est un projet de liberté d'expression, de ressentis, de souvenirs, de contestations, de critiques.

Les "11 septembre" dans l'histoire, il y en a eu plusieurs...

 
Article : Gaëtan
Kandahar
   

Les femmes représentent la moitié de la population afghane. Les femmes sont des ombres voilées que les hommes trimbalent à travers le désert. Les hommes sont des voleurs, des mollahs ou des égarés. Les hommes sont des estropiés qui courent sur deux cannes pour attraper des jambes artificielles parachutées par hélico. Les victimes sont des agriculteurs sans jambes, des ouvriers sans jambes, des pères de famille sans jambes. Les victimes sont des enfants, des femmes et des hommes qui meurent de faim, de froid ou d?une simple colique. Les talibans sont des tyrans qui contrôlent et rabaissent. Les talibans sont une minorité omniprésente.

Les enfants sont des mendiants qui courent après du pain ou de l?argent. Les enfants sont de futurs mollahs lobotomisés au Coran. Les armes sont les seules choses modernes en Afghanistan. Les armes sont des mines cachées sous des poupées. Les occidentaux sont des infirmières de la Croix rouge débordées au milieu du désert. Les occidentaux sont des médecins qui soignent en distribuant de la nourriture. Le film retrace l?histoire d?une femme qui quitte le Canada pour venir en aide à sa s?ur à Kandahar. Le film retrace l?histoire de la même femme qui s?est échappée des prisons talibans pour finir prisonnière de la burga*. Kandahar est un tableau de l?Avant 11 septembre. Kandahar est un film, pas une fiction. Je terminerai par cette phrase tirée du film « Pour une femme entièrement voilée, l?espoir, c?est d?être vu un jour. »

* La burga est le voile qui couvrait entièrement les femmes afghanes durant le régime taliban.

 
Article : Gérard
Le jour où je suis devenue une femme
   

Il est onze heures, Hava fête ses dix ans. Sa grand mère insiste pour qu?elle porte le voile et qu?elle ne fréquente plus les garçons. Sa mère reste partagée entre le désir de sa fille d?aller jouer avec son ami Hassan et les interdits de sa mère. Quant à Hassan, il fait tout pour qu?Hava vienne manger des glaces avec lui. Hava est née à midi, c?est donc à midi qu?elle gardera le voile. La famille cède et nous assistons à cette course contre le temps d?une petite fille qui désire conserver sa liberté.
Ahou participe à une course de vélos entre femmes. Son mari la pourchasse à cheval afin qu?elle descende de cet engin diabolique et qu?elle rentre à la maison. Elle refuse. Son mari revient avec le père d?Ahou. Il la menace de divorce. Elle ne cède pas et le divorce est prononcé. Les anciens cavalent derrière elle. Ils insistent. Elle ne cède toujours pas. Ses frères l?attendent en aval de la route. Ils la menacent, lui crient dessus, la privent de son vélo et l?abandonnent au milieu du désert. Elle n?a pas cédée.

Houra est une vieille femme. Fruit de la tradition, elle n?a joui d?aucun luxe et de peu de liberté. Elle vient de toucher un héritage et décide d?acheter tout ce qu?elle n?a jamais eu. Elle fait les magasins, se paye un frigo, une gazinière, une théière, un divan, des fauteuils, de la vaisselle, tout le confort moderne. Paradoxalement, elle cherche en vain un fils qu?elle n?a jamais eu et que l?on ne peut acheter.
Makhmalbaf met l?accent sur les images, sur les regards que des femmes, toutes générations confondues, portent sur l?Iran des traditions. Riche de ses métaphores, la cinéaste nous offre une vision globale de la condition de la femme dans ce pays et de sa révolte. Devenir une femme en Iran aujourd?hui ne se limite pas à un âge, devenir une femme revient à s?affirmer en tant que telle.
 
Article : Gérard
Où est la maison de mon ami
   

Le cinéma iranien utilise souvent le regard de l'enfant pour mieux nous faire comprendre le monde des adultes. Dans " Où est la maison de mon ami ", nous suivons le regard de Ahmad, petit garçon de huit ans. Son regard est tour à tour déterminé, quand il décide de trouver à tout pris la maison de son copain pour lui rendre son cahier et lui éviter d'être renvoyé, puis plein d'espoir, quand il rencontre des gens susceptibles de l'aider ; désespéré au fur et à mesure que sa quête se révèle vaine ; suppliant quand il croise des adultes qui ne font que lui donner des ordres sans jamais l'écouter ; triste enfin d'avoir échoué dans sa mission& son regard est toujours touchant, car si vrai !

A travers le regard de Ahmad, nous découvrons l'Iran rural, avec ses hameaux, ses ruelles, sa campagne. L'esprit de cet Iran là semble incarné dans le vieux forgeron que rencontre Ahmad, le seul qui veut bien l'aider d'ailleurs. Un vieux tout plein de nostalgie et de rhumatismes, et qui marche beaucoup trop lentement pour l'enfant. Finalement, le vieux reste en arrière&

Ce qui frappe le plus dans ce film, c'est l'impossibilité face à laquelle se trouve Ahmad d'expliquer sa démarche aux adultes. Il leur parle, avec toute la gentillesse et la détermination que peut avoir un enfant de huit ans, mais personne ne prend la peine de l'écouter, comme s'il était invisible. A ses demandes d'aide, on ne lui renvoie que des ordres. Un enfant ne discute pas, il obéit.

 

Sans tout rapporter a nous même, ce film révèle la place privilégiée que l'enfant a dans notre société, place qui peut parfois paraître aussi extrême, dans un autre genre que celle de ces enfants iraniens.

Malgré tous les aspects sombres de ce film, on sort de la salle le sourire aux lèvres, grâce à une fin magnifique de simplicité et d'optimisme, un trait fort des cinéastes iraniens semble-t-il. Et puis comment ne pas être touché par les visages de ces enfants, tous merveilleux, et dont on ne voit que les yeux, si beaux, et parfois déjà si tristes&

Article :Julie Reux
LE CERCLE
   

Le cerle que nous propose Jafar Panahi est celui de six femmes iraniennes : trois prisonnières qui tentent de s?évader lors d?une permission, une femme non mariée qui cherche desespérement à se faire avorter, une mère dans l?obligation d?abandonner sa petite fille, une prostituée des rues de Téhéran?

Mais c?est aussi le cercle vicieux des interdits, celui de l?étouffement de la condition féminine, de la difficulté de vivre dans un pays où si l?on quitte les barreaux d?une prison, c?est pour se heurter aux barreaux d?un société. Fumer une cigarette ou voyager seule (sans homme) deviennent de véritables épreuves.

La réalisation est sobre, elle offre un regard qui ne juge pas mais seulement observe, comprend ses personnages? On passe d?un fil narratif à un autre, d?une femme à une autre aux hasards de leurs rencontres, pour suivre tout à tour un petit bout de leur vie. La caméra cerne dans de long plans le sentiment de Peur, l?errance de ces jeunes filles sans foyers et le desespoir qui se lit dans leurs yeux brillants. Et puis aucune musique : celle qui d?ordinaire accompagne le générique introductif est remplacé par les cris de souffrance d?une femme qui accouche, d?une fille?

Le cercle s?est heurté à la censure Iranienne mais a obtenu en 2000 le Lion d?Or de Venise.
C?est un film noir comme les Tchadors qui couvrent les femmes du regard des hommes.
Un film aussi fragile que le sont ses héroïnes.


 
Article : Julie D
Et la vie continue
   

A travers la section cinéma de Kanoon qu'il a créé en 1969 pour le
développement intellectuel des enfants et des adolescents, le réalisateur
Abbas Kiarostami montrait déjà son intérêt pour les enfants.

Dans " Et la vie continue ", réalisé en 1992, Kiarostami continue dans ce sens puisque le personnage principal est un jeune garçon qui, tout au long du film, fait beaucoup de remarques sur ce qu'il voit et entend. Avec son père, ce garçon parcourt en voiture des villages détruits, des paysages transformés par un tremblement de terre survenu quelques jours plus tôt ; le but de ce " voyage " étant de savoir si un enfant vivant à Koker et ayant tourné dans un film auquel le père a participé a survécu au tremblement de terre.

Une grande partie du film se déroule alors dans cette voiture, où le père interpelle plusieurs fois des passants pour connaître une route menant à Koker, autre que la route principale, celle-ci étant bloquée par d'autres véhicules.

On se rend ainsi compte de l'amplitude des dégâts non plus matériels mais humains dus au tremblement de terre : en effet, chaque personne interpellée par le père ne se contente pas d'indiquer la route mais aussi d'évoquer tous les proches qu'ils ont perdus ; tous se demandant si cette tragédie a été causée par Dieu ou non, et si oui, pourquoi ?

 

Tandis que certains sont encore abasourdis par ce qui est arrivé, d'autres tentent de continuer à mener une vie plus ou moins normale ; " Que faire d'autre ? " répond-on au père demandant s'il est raisonnable de vouloir regarder un match de la Coupe du Monde en ce moment lorsqu'il voit des jeunes installer une antenne dans un campement. La vie continue donc. cela se traduit dans le film par une musique gaie contrastant avec les cimetières installés à la va-vite, les maisons en ruine et les gens en pleurs.

Ce film est dédié aux victimes du tremblement de terre de 1990 ayant fait en Iran entre 40 et 50 000 morts et 60 000 blessés.

Article : Marina Brézulier
The longuest night
   

Cette nuit que le titre évoque, est en fait un long tunnel, dans lequel la lumière peine à percer.

Largement inspiré de la propre expérience du réalisateur, ce film nous montre la souffrance d'un homme dont la femme est partie tenter sa chance en Allemagne, avec leur fille. Il ne comprend pas vraiment cette volonté, mais la respecte bon gré mal gré. Jusqu'au bout, ou presque, il tente de se convaincre que sa femme, qu'il aime comme au premier jour, a quitté son pays et non son mari, et qu'elle finira par revenir ; sans relâche il se le répète devant un miroir. Peu à peu on découvre avec lui ce qui, au fond, était presque évident, qu'elle est définitivement partie pour changer de vie.

Cette longue nuit dure un an. Un an pendant lequel il ne sort pas de chez lui, tourmenté par les souvenirs de sa famille, les photos de ce bonheur perdu. La caméra non plus ne sort pas de l'appartement, si ce n'est pour quelques rapides coups d'Sil sur le monde extérieur. Sa famille tente de l'aider, mais finalement le réconfort viendra d'une inconnue, sa voisine, à qui il se confie par téléphone uniquement, et qui elle-même se remet d'un douloureux échec sentimental. Elle sera la lumière au bout du tunnel, ou l'annonce de l'aube après cette si longue nuit.

Bien sûr ça et là percent quelques critiques du régime iranien, de toutes ces règles que doivent suivre les hommes et surtout les femmes, sous peine d'avoir de gros problèmes ; la femme fuit sans doute un pays dans laquelle elle ne peut pas être heureuse. Mais le plus important n'est pas là.

  Le sujet du film c'est vraiment la souffrance d'un homme abandonné, c'est l'amour. Thème universel qui fait que l'on s'identifie très facilement au personnage, ceci d'autant plus que l'acteur qui, dans ce " one-man film " interprète le rôle de Ahmed, une star en Iran, est vraiment touchant sans devenir pathétique.
Un film bouleversant.
Article :Julie
SALAM CINEMA
   

En France, on a Popstars. En Iran, ils ont Salam Cinema. Chez nous, on montre un aspect pas trop méchant, bien feutré de l'univers des castings pour le cinéma et autres, on nous montre des ch'tits nanas, tout juste sorties de l'adolescence et qui pleurent parce que " le jury, c'est un gros mèchant, la chanson, la scène, c'était tout pour moi, maintenant qu'est-ce que je vais faire avec mon salaire de m& chez Burger Truc. "
Alors, le spectateur, il la plaint la pauvre petite. Il se dit qu'y sont pas gentil les grands patrons des boites de disques. M'enfin, y se dit aussi que si à chaque fois que des tonnes de milles de gens se présentent à un casting et qu'on les garde tous, ben, les acteurs vont être payer à 2 balles la semaine, à ce rythme. Puis le talent, il est où le talent, hein ?

Non, soyons réalistes, le cinéma, tout comme la télé, le showbiz et les autres, n'est pas un milieu facile. Tout ne te tombe pas du ciel, tout beau, tout prêt. Il faut batailler, en bouffer des castings, faire face à des jurys, des réalisateurs cruels d'apparence, mais qui sont obligés de pousser à l'extrême les candidats pour trouver l'ARTISTE dans le lot.

Si tous les films sur les castings étaient présentés de cette façon en France, ben y'a peu d'ados qui voudraient regarder, ils se diraient que c'est un milieu vraiment trop dur, qu'il y a trop de bataille à livrer et trop d'échecs à subir pour atteindre le sommet de la gloire. Pourtant, ce serait la bonne réaction. Car la cruauté du cinéma, c'est deux filles que l'on poussent au maximum, que l'on vire, que l'on rappelle, que l'on teste jusqu'à faire ressortir leur volonté de devenir actrice, c'est des gens que l'on force à rire, puis à pleurer en quelques secondes, tu pleures pas, tu pars, tu ris pas, tu pars, tu n'arrives pas à pleurer à nouveau, tu pars.

  Il y a certes un côté cruel, extrême, dans ce film, mais il a le mérite de ne pas tricher avec le spectateur. Dernier sentiment avant de vous laisser : la passion engendrer par le cinéma en Iran. Des gens sont prêts à tout pour devenir acteur là bas, à se faire passer pour des aveugles, à avoir un rôle pour obtenir un visa et passer la frontière afin de rejoindre son amoureux exilé. Des images fortes.

Il faut voir ce film, il faut voir le cinéma iranien, il faut soutenir et féliciter M Makhmalaf.

Article :Gérard
SALAM CINEMA
   

Parti pour voyager et suivre à l'Arvor la vie des femmes iraniennes, à travers le film d'une d'entre-elles, Marzieh Meshkini,"le jour où je suis devenue une femme" produit par la société Malkmalbaf Film House.
Je me suis retrouvé au Liberté, devant "Salam Cinéma" le film de son mari,Moshen Makmalbaf,
le réalisateur de "Kandahar" et plus récemment de "Samira et l'alphabet Afghan".

Le film, Salam Cinéma, est parti d'une annonce déposée dans un journal iranien :
" recherche acteurs et actrices pour film ".
Devant la masse postulante ayant répondue à cette offre, face à cette scène de vie populaire, Moshen Makmalbaf, décide d'en faire un film.

"Salam Cinéma" illustre, la vision du réalisateur-scénariste-producteur, sur les valeurs humaines et les critiques du monde du Cinéma et du cinéma du Monde.

Il nous plonge dans une description sociale, de la vie iranienne, à travers la foule de candidats assemblés. Cette immersion sous forme de documentaire, caméra à l'épaule, illustre les conditions de vie et les comportements humains dans la société iranienne. Et installe dans la salle d'audition, un huis clos avec les candidats, où les auditions décrivent tour à tour par le biais des candidats, la critique du cinéma, la Révolution iranienne, la condition humaine et la vie sociale de cette société.

Il joue avec les télespectateurs comme avec les acteurs sur l'ambiguité, le film se partage avec le documentaire, et les valeurs humaines avec le cinéma. C'est un voyage au coeur de la société iranienne, pas dans ses paysages, ses scènes de vie quotidienne mais dans la vie des iraniens.

   
Article : Gaetan