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[Avoir 20 ans à Téhéran]  [ Interview Clair Obscur ]

Avoir 20 ans à Téhéran
   

L'Iran d'aujourd'hui est à l'image de la France d'après 1945, un pays en pleine effervescence où les valeurs traditionnelles s'opposent au modernisme intellectuel.

Technologiquement, le pays est loin d'être à la traîne, l'informatique, les galeries marchandes, le confort moderne, les transports en communs& entrent progressivement dans l'ordinaire des iraniens. " La modernisation se passe plus dans les têtes " comme nous l'explique Thierry Coville, un économiste qui suit l'Iran depuis 15 ans. L'accès aux études pour tous, les débats en place publique, l'émancipation des femmes en sont la preuve.

A noter que l'Iran joue un rôle majeur au Moyen Orient. Vu sa place géographique, tout événement, toute modification politique a inévitablement des répercutions sur les pays alentours comme la Turquie, l'Afghanistan, l'Irak& Pour rappels, l'Iran est tout de même le 1er pays du Moyen Orient à s'être doté d'une constitution en 1906, à avoir nationalisé le pétrole en 1955 et à avoir accordé le droit de vote aux femmes en 1979. En 2003, 60% de la population a moins de 25 ans, les femmes affluent dans les universités et dans le cinéma, et nous pouvons croire Shahla Nahid, journaliste iranienne à RFI, lorsqu'elle nous dit que la révolution intellectuelle viendra de la femme et des jeunes.

La jeunesse de la population iranienne pose cependant des problèmes de chômage. Les parents nourrissent à la fois espoirs et peurs quand à l'avenir de leurs enfants, et en conséquence attachent beaucoup d'importance à leurs études.
En ce qui concerne les libertés, les clichés nourris par nos regards occidentaux sont un peu exagérés. La population étudiante n'hésite pas à descendre dans la rue pour défendre ses droits. Le divorce et légalisé (bien que rare encore), les femmes peuvent sortir, avoir des relations amicales comme amoureuses avant le mariage. Le port du voile est cependant toujours de rigueur.

 

Le pays est donc en voie rapide de modernisation, mais ne se calque pas sur le modèle exact américain ou occidental. L'Iran emprunte son propre chemin, gardant beaucoup de ses traditions et codes d'honneur. Nima, jeune français d'origine iranienne, à passé trois mois à Téhéran. Il nous raconte s'être fait arrêté par " le comité " (c'est ainsi qu'ils appellent la police) parce qu'il rentrait à pied à deux heures du matin avec une amie. Selon les policiers, il aurait du avoir honte de son acte.

Thierry Coville dit avoir trouvé les jeunes iraniens très murs, et beaucoup moins romantiques. Aujourd'hui, 75 % de la jeunesse d'Iran ne croient plus ni en la politique, ni en la religion. Mais ils semblent croire en un avenir heureux pour leur pays. Depuis 10 ans, beaucoup de choses ont changées. " Bien sûr, cela traîne un peu, dit Nima, mais je suis sur qu'on arrivera à quelque chose de très positif "
Ce positif passe notamment par la place grandissante de la culture : musique, théâtre et surtout cinéma.

Article : Julie et Gérard
Interview Clair Obscur
   
Avant le festival Travelling, j'ai voulu rencontrer un des membres de l'association Clair Obscur, qui organise ce festival rennais. Malgré un emploi du temps très chargé, le président de l'association (Mr Eric Gouzannet) a bien voulu me parler un peu de l'association, et des coulisses de Travelling, 14e édition.

Pouvez- vous vous présenter, et expliquer votre rôle dans l'association ?

Je m'appelle Eric Gouzannet, je suis directeur et cofondateur de l'association Clair obscur. Je m'occupe plus particulièrement de la partie administrative, alors qu'Hussam (Hindi) est plus sur l'artistique, la programmation. Je suis en charge des relations avec le personnel, les partenaires, médias et associatifs, et de l'élaboration et du suivi de budget.

Vous parlez de personnel, mais quel est le statut de l'association, et comment fonctionne-t-elle?

C'est une association, avec des salariés, puisque nous sommes environ 10 permanents, aux statuts différents. C'est la particularité du milieu culturel d'avoir toute la brochette d'actifs, des plein temps des mi-temps, des quart temps, des CES, des emplois jeunes, des bénévoles, des stagiaires&
Clair obscur a été créé en 1989 pour l'organisation de ce festival de cinéma de Rennes Travelling, et au fil des années un certain nombre de projets a été développé, tel que la programmation que l'on organise au Tambour à l'université de Rennes 2 dans le cadre de Ciné Quartier ; on est également coordinateurs sur la Bretagne de l'opération " Un été au Ciné, sur la Bretagne ", et opérateurs sur Rennes.
Nous somme aussi très attachés à l'éducation à l'image et nous travaillons beaucoup en relation avec l'éducation nationale et les partenaires cinéma de Rennes, du département et de la métropole dans des opérations, puisque nous coordonnons l'opération " école et cinéma " et nous sommes aussi associés à l'opération " collège et cinéma ". Nous sommes partenaires d'une classe de cinéma au lycée Bréquigny, et nous sommes en relation avec le département d'Arts du spectacle de Rennes 2.
Voilà, en gros : l'événementiel, la diffusion et l'éducation à l'image.

Mais ce n'est pas une association de Rennes 2 ?

Non, ce n'est pas un service de l'Université. Nous sommes hébergés par l'Université. Pourquoi, parce que nous sommes d'anciens étudiants.

Ca a commencé comme une association d'étudiants ?

En quelque sorte, même si personnellement je n'étais plus étudiant, Hussam était encore inscrit. Hussam était animateur du cinéclub de l'université, qui continue encore aujourd'hui par Ciné quartier. Moi j'étais au service civil en tant qu'objecteur de conscience, et on s'est rencontrés à ce moment là. On s'est installé à l'université parce que l'université a trouvé notre projet intéressant et a voulu nous accompagner. Bien entendu, il a fallu pour organiser le festival faire appel aux bonnes volontés puisque dans un premier temps tout le monde était bénévole, et on s'est tourné vers l'université, et les étudiants. On a été beaucoup financé au début par l'université et puis notre public dans les premières années était essentiellement étudiant et de Rennes 2. D'où cette image de festival organisé par des étudiants par des étudiants, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui. Hussam donne des cours, moi j'interviens sporadiquement, et d'ailleurs on a pour projet de quitter l'université, parce qu'on est un peu à l'étroit dans nos locaux.

Pour ce qui est de la programmation, qui fait le choix de films ?

Hussam est chargé de la direction artistique, c'est lui qui choisit ou propose entre autre la ville et les différentes options à prendre ensuite dans le choix de cette ville. La compétition internationale, c'est lui également qui choisit les films, en association avec Anne le Hénaff , qui s'occupe plus particulièrement du court-métrage, du documentaire et du jeune public, puisque nous avons également Travelling junior, au sein du festival. En fait Travelling, c'est trois parties plus une : la ville et le pays, la compétition long métrage et court-métrage, et Junior. Plus une, toutes les animations que l'on peut mettre en place autant avant qu'après le festival, les rencontres, les concerts, les débats, les ateliers.

Pourquoi Téhéran ?

Parce que c'est un pays où l'on produit environ 80 films par an, c'est donc une cinématographie très importante, très riche. C'est parce qu'on a été en Europe pendant deux ans, puisqu'on a fait Lisbonne et Dublin, on a voulu voyager un peu, partir en Asie, puisqu'on était déjà allé à Tokyo, et que l'on a déjà été deux fois en Amérique du nord avec new York et Montréal. Donc Téhéran s'y prêtait. Etant à la 14e édition, on était, je dirais, assez mature pour proposer aujourd'hui ce cinéma-là aux rennais.

Pourquoi " ce cinéma-là " ?

C'est vrai que ce n'est pas un cinéma " d'action " ce n'est pas un cinéma avec des grosses productions. Mais c'est un cinéma d'une grande simplicité, pas prise de tête. C'est du cinéma qui est accessible à toute personne ; de toute façon, on a déjà beaucoup d'a priori sur l'Iran et donc son cinéma mérite d'être découvert, parce qu'il raconte des histoires simples avec des mots simples, des gens simples. Je ne dis pas qu'il est naïf, mais il nous trace des tableaux, des petits moments de vie très agréable. Il est beaucoup porté sur l'enfance, puisque pour Junior, on a beaucoup de films sur l'Iran. C'était une façon de contourner un peu la censure, en montrant un peu le regard de l'enfant sur l'adulte, on fait passer des choses& maintenant c'est plus la femme, la femme prostituée, qui divorce, qui revendique, qui existe&
En plus l'Iran étant proche de l'Afghanistan, on imagine que le femme porte une burkha et reste chez elle enfermée, qu'elle n'a pas le droit de sortir, alors qu'à Téhéran tu rencontres des jeunes femmes avec des lunettes de soleil, le portable, la bagnole, la cigarette, comme ici. Moi j'ai rencontré mes semblables, comme toi tu pourrais rencontrer des jeunes avec les mêmes préoccupations. Enfin, pas les mêmes parce que les nôtres ont un peu tendance à être futiles, alors que là-bas& On a tendance chez nous à se prendre un peu la tête, alors que quand on voyage un peu on se dit, merde, finalement on n'est pas mal ici, arrêtons de nous regarder le nombril, estimons-nous non pas heureux, c'est vrai qu'il faut être exigeant et être attentif à ce qui se passe autour de nous, mais bon, j'ai voyagé dans pas mal de pays et ça va ici&

Justement, le but de ce festival n'est pas seulement " cinématographique " ?

Si on voulait situer l'association et le festival, ce serait plutôt dans l'action culturelle. On va se servir, mais dans le bon sens du terme, du cinéma pour faire découvrir aux gens une autre civilisation, d'autres regards, la différence. On est aussi très sensibles à l'éducation à l'image, montrer aux jeunes ce qu'est un film, comment fonctionnent ses images, vis-à-vis de toutes les images qu'ils peuvent recevoir aujourd'hui à la télé, les vidéos, les vidéos surveillance. On a besoin de connaître, de pouvoir décrypter, tout comme nos parents et grands-parents ont découvert le livre. Il s'agit de comprendre pourquoi un film est bon, et un autre est mauvais. Moi je trouve que le cinéma est un vecteur magnifique pour toucher les gens, les sensibiliser à certains sujets, un vecteur qui en plus touche tout le monde, contrairement à certains autres arts, les jeunes, comme les moins jeunes. Qui est accessible.

Y'a-t-il un film que vous conseilleriez à quelqu'un qui n'a pas l'habitude de voir ce genre de cinéma ?

Il faudrait essayer d'aller voir les incontournables, c'est-à-dire les films de réalisateurs comme Abbas Kiarostami, Moshen Makhmalbaf, ou Majid Majidi. Maintenant lequel& C'est vrai que ça peut être perturbant de voir un film qui se passe pendant une heure et demi dans une voiture, comme un film de Kiarostami. Je crois qu'il faut prendre son temps et avoir conscience qu'on ne va pas voir un film américain ou français qui démarre à cent à l'heure dès le premier quart d'heure, là, il faut prendre le temps& pour découvrir des sociétés qui nous sont inconnues, alors que la société américaine, et les films d'action, c'est toujours le même canevas.

Est-ce que vous savez quel genre de public vient au festival ?

On a un public qui était jeune au départ, et qui a vieilli comme les organisateurs. Il y a toujours aussi pas mal d'étudiants, parce que c'est vrai qu'ils sont plus disponibles. On a surtout un public plus touché par le cinéma d'art et d'essai. Comme on l'a vu avec le succès du film " bowling for columbine ", il y a un public pour ce genre de cinéma, et c'est ce public là que l'on retrouve à Travelling. On est un peu un complément du ciné d'art et d'essai, des salles comme l'Arvor, ciné TNB, plus dans un espace événementiel. Ce qu'on apporte en plus par rapport à ces salles, ce sont des rencontres, du festif, on bouscule un peu le spectateur et on l'invite à rencontrer des acteurs et des réalisateurs.

Pour plus de renseignements sur Clair Obscur : ou au téléphone : 02 99 14 11 43

Article : Julie D