ZEBDA
Cécile et Wahid /
Oct-Nov 2002
 


Le groupe Zebda était de retour en concert à Rennes le 6 octobre dernier à la Salle de la Cité. Le concert était très attendu par les adeptes du groupe suite à la sortie de leur dernier album « Utopie d’Occase ». Comme dans tous les albums précédents, les textes sont engagés et forts.
Leur message est clair : « Non à la double peine et aux préjugés ! ». Zebda ne cherche pas à faire des tubes, en effet, ils ont effectué un véritable travail de recherche dans la musique, dans leurs textes. La pochette du nouvel album témoigne d’une certaine ironie par le fait que ce soit jeune black qui soit déguisé en Zorro, une sorte de justicier qui, pour une fois, est étranger…
Ce concert à la Salle de la Cité était tellement bien qu’il y a eu une formidable improvisation du public avec le groupe. De mon point de vue, c’était vraiment un moment super !

ZAP : Comment a débuté l’histoire de Zebda ?

Au début, c’est une association de quartier dans laquelle on faisait de l’audiovisuel, du théâtre des ateliers culturels… En 1988, on a voulu faire un film, une fiction autour d’un groupe de rock. On a donc eu besoin de créer un groupe et tous les gars qui sont là aujourd’hui sont venus pour le faire. Du coup, Zebda est parti sur la route avec au bout le premier album en 1992 : « L’Arène des Rumeurs » qui n’a pas de succès, mais qui a donné la possibilité au groupe de faire de la scène. L’album suivant : « Le Bruit et l’Odeur » a un peu mieux fonctionné et nous a permis de continuer d’exister. Puis, le troisième album : « Essence Ordinaire » qui a carrément cartonné… Cette reconnaissance arrive donc au bout de 10 ans… Ce sont des années d’expérience, ce parcours, qui ont permis au groupe de gérer cette réussite éclatante puisqu’en plus du succès de l’album, il y a « Tomber la Chemise » qui est un gros tube. C’est génial d’être reconnu à ce point et il est difficile de mal le vivre, puisque tout à coup, tout va bien : il y a des moyens pour travailler, des moyens pour vivre, les gens sont présents, les gens te connaissent, connaissent tes chansons, dans les concerts c’est le feu… Il y a une dynamique vachement forte. Après, se pose la question de ce qu’on est après ça, comment on continue, quels sont les objectifs… Quand on a fait une chanson comme «tomber la Chemise», c’est pas un truc où on a dit : «Putaing, on va faire un tube», et puis hop on a fait un tube et c’est super. Zebda, c‘est pas la Star Academy, on fait ce qu’on peut, sans calculer, sans que le côté tube ou hit n’entre en ligne de compte. On essaye de faire de la musique et qu’elle soit le plus juste possible, qu’elle plaise au groupe, qu’on soit fiers de ça, qu’on assume, qu’on ai pas honte de ce qu’on a fait, parce qu’après il faut le défendre, c’est une logique, donc on essaie de ne pas s’enfermer. Donc pour cet album là, on est pas parti l’idée de faire un autre « Tomber la Chemise ».

ZAP : Est-ce que vous regrettez d’avoir fait «tomber la chemise» ?

Il faudrait être débile pour regretter d’avoir fait «Tomber la Chemise»… A un moment, on en a eu marre, mais à côté de ce que ça nous a apporté comme reconnaissance… Et puis, c’est notre chanson !!! Enfin vraiment, on est très très loin de le regretter parce que ce que ça nous a apporté c’est énorme dans notre vie, dans notre histoire, dans l’histoire du groupe… Contrairement à ce qu’on pourrait penser ce n’est pas une chanson qui n’a amené que des blaireaux à nous écouter. Y a de tout, des gens qui ont découvert Zebda grâce à cette chanson, il y en a plein, donc ça a une valeur sur laquelle on ne crachera jamais.

ZAP : Pourquoi tout ce temps entre «Essence Ordinaire» et «Utopie d’Occase»? Il y a eu quatre ans entre les deux albums… Deux ans de tournée d’ « essence ordinaire » et deux ans pour faire le nouvel album. Donc on a pris le temps de se prendre la tête, de réfléchir, de savoir qui on est maintenant. Il y a une différence entre avant « essence ordinaire » et après cet album. Ce sont deux histoires différentes, et donc il a fallu réfléchir à tout ça.

ZAP : Est-ce qu’il y a un message que vous essayez de faire passer à travers ce nouvel album ?

On n’est pas là en train de se dire il faut faire passer un message, on est comme ça. Dans la vie on est comme ça, la politique ça nous intéresse, des valeurs on en a, les injustices, les discriminations ça nous fout les boules. C'est-à-dire qu’on a du mal à vivre en se disant : « ouais, bon b’en c’est la vie, c’est comme ça ». Dans la vie on est des gens plutôt engagés, et alors forcément si on est un peu intègres, notre musique et nos textes et nos messages ne peuvent être que liés à ce qu’on est. Ce n’est pas : on chante, on fait de la musique et après quand on rentre à la maison on fait dodo. Quand on rentre à la maison on fait autre chose, on milite, on fait des actions.

ZAP : Pour vous ce n’est pas un message que vous faîtes passer dans vos chansons, vous décrivez plutôt la vie, vous racontez ce qui se passe au travers de vos chansons avec un peu d’humour…

Voilà, on aime bien la dérision, on aime bien le décalage… On n’aime pas plomber. C’est la vie, il faut franchir les obstacles, mais on ne décrit plus ce qu’a été notre vie avant, c'est-à-dire dans le quartier, où on a grandit.Le fait qu’on soit fils d’immigrés qu’est ce que ça veut dire, je m’appelle Mustapha qu’est ce que ça implique ? Moi, avec mon histoire, je ne peux pas monter sur scène ou créer des chansons sans parler de ce que j’ai ressenti quand j’étais plus jeune, quand je ne rentrais pas en boîte, quand je me faisait suivre dans les magasins, quand une mamie à côté de moi serrait son sac. C’est des choses qu’il faut comprendre, il y a des gens qui ne savent pas ce que c’est, ce que ça veut dire être suspect. Tu sais, psychologiquement, ça veut dire que tout à coup on me regarde bizarrement. Donc, ce n’est pas pour dire que c’est la faute des gens, c’est pour dire que je ne peux pas parler d’autre chose parce que quand tu es jeune ça te marque.

ZAP : Donc c’est ça que vous retranscrivez… ?

Voilà, et ensuite ce que l’on vit au jour le jour, au-delà du message on décrit nos vies, la vie des gens qu’on connaît, que l’on côtoie ou que l’on a côtoyé, et avec ça, ça fait forcément de la chanson à message engagée puisqu’on a vu plein d’injustices dans ces univers. ……Militer, être engagé, c’est aussi pour nous qu’on le fait. Parce que c’est une notion de plaisir, c’est comment on assume ou pas de subir tout le temps… Et nous on choisit de ne pas subir. Donc on choisit d’agir, mais si on agit, en même temps, on sait très bien qu’on n’est pas des Zorro…



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