Maisons closes mais transparentes
Guillaume /Avril-Mai 2002

8

 


La situation relative à la prostitution étant ce qu'elle est aujourd'hui, en France comme dans la plupart des pays de la communauté Européenne, un sujet revient au goût du jour : les maisons closes et la légalisation de cette activité.

A la libération, la seule ville de Paris comptait 195 de ces "maisons de tolérance". Le 13 Avril 1946, toutes furent fermées, et 1150 "filles de joies" se retrouvèrent sur le trottoir. Depuis ce jour, l'illégalité de ce type d'établissement n'a pas été ébranlée. Mais le fait de réaliser que le plus vieux métier du monde n'a jamais cessé, et qu'il a, de plus, pris un tournant très inquiétant, amène à se demander si la réouverture des maisons closes ne serait pas une solution, autant pour les prostituées que pour les clients, ou encore pour l'opinion publique. Afin d'envisager les avantages ou inconvénients entrainés par cette réouverture, nous nous sommes penchés sur le cas Hollandais. Officiellement, l'interdiction des maisons closes aux Pays-Bas date de 1912, bien que certaines municipalités aient toujours été plutôt tolérantes, et que, de manière plus générale, l'Etat n'a jamais sanctionné la prostitution en général. Le projet de modification de la denière loi levant l'interdiction des maisons closes a donc été adopté le 26 octobre 1999 par le Sénat, et la nouvelle loi est entrée en vigueur le 1er octobre 2000.

Ce dernier projet de loi se fixe six objectifs :
- Contrôler et réglementer l'exploitation de la prostitution.
- Améliorer la lutte contre l'exploitation de la prostitution non volontaire.
- Protéger les mineurs contre les abus sexuels.
- Améliorer la position sociale des prostitué(e)s.
- Soustraire la prostitution aux activités criminelles dont elle est le prolongement.
- Eliminer la prostitution exercée par des personnes étrangères en situation illégale.

Le but de ces mesures est de permettre aux pouvoirs publics de mieux contrôler et réguler le phénomène. De plus, les municipalités seront désormais habilitées à délivrer des autorisations officielles d'exploitation à ces établissements. Il sera apporté un soin tout particulier au respect de certaines conditions, afin d'obtenir cette licence. Tout d'abord, en vue d'éloigner au mieux la prostitution du contexte de criminalité qui l'entoure, le futur tenancier de l'établissement devra présenter un casier judiciaire totalement vierge et se montrer coopérant afin que la droiture de son existence soit démontrée. De plus les locaux doivent tenir compte de certains critères tels qu'une superficie minimale imposée pour chaque chambre, des conditions d'hygiène irréprochables (ce qui rend également le port de protections obligatoire), et de dispositifs de sécurité anti-incendie. L'intérêt dans de telles conditions est de pouvoir s'assurer qu'aucune employée ne pourra être forcée à se prostituer contre son gré et qu'elle ne sera pas non plus obligée à avoir de rapports sexuels non protégés. Les municipalités entendent ainsi interdire les actes sexuels contre volonté, les actes impliquant des mineurs ou des individus résidant dans le pays en situation irrégulière (toutes les femmes doivent être majeures et issues de la communauté Européenne). Nous rappelons ici que tout acte sexuel commis dans un contexte de prostitution et impliquant une personne ayant entre 12 et 16 ans peut entraîner pour le "client" une peine de 6 ans de prison sans qu'aucune plainte ne soit déposée.

Afin de parer à toute activité abusive, les contrôles seront plus aisés, grâce à cette nouvelle loi. En effet, les forces de police ne seront plus les seules à surveiller la prostitution. Les maisons closes hébergeant dans leurs murs des travailleuses ayant un statut équivalant à tout employé d'entreprise, l'inspection du travail, ainsi que le fisc, auront un droit de regard total à l'intérieur de l'établissement. Le seul problème, pour l'instant, est que ces administrations ne savent pas exactement comment catégoriser l'activité, et encore moins les employées. Il est en effet difficile de se baser sur les textes qui régissent le travail "standard", puisque cette profession exige de tenir compte de paramètres humains beaucoup plus délicats. Les syndicalistes entrevoient donc la nécessité d'une convention collective qui se baserait sur des points propres à la prostitution. Il reste toutefois un dernier bémol à apporter au système des maisons closes. En effet, il semble que les prostituées préfèrent le statut de travailleurs indépendants et ce, malgré les points retraite et autres congés payés apportés par les maisons closes. Ce choix s'explique simplement par le refus d'une autorité supérieure qui pourrait rappeler le système du proxénètisme.

On peut donc constater que le fonctionnement hollandais en est encore à ses balbutiements, et que le simple fait d'entourer la profession de quatre murs ne suffit pas à résoudre tous les problèmes. Cependant, cette ébauche nous permet de comprendre qu'il y a une véritable possibilité de légalisation, et que les critères imposés aux maisons closes par l'Etat assurent des bases non négligeables de sécurité pour les quelques 10000 femmes qui exercent ce métier légalement aux Pays-Bas.

Retrouvez plus d'informations sur le site internet de l'ambassade des Pays-Bas :

www.amb-pays-bas.fr/detail/prostitution.htm
www.amb-pays-bas.fr/ambassade/PCZ/presse/prostitution.htm

 

 

 

VUE DU BALCON
Camille /Avril-Mai 2002

8

 


S'il en est un qui s'est bien senti concerné par la prostitution, c'est Sébastien Sémeril, il l'a vue sévir dans le quartier Saint Hélier dont il est l'élu municipal depuis l'année dernière. Depuis, il est chaque jour confronté aux problèmes de compréhension des habitants et à une législation relativement complexe pour ce phénomène.

Monsieur Sémeril m'annonce tout de suite la couleur en m'expliquant que "dur est de parler de la prostitution sans que ça prête à rire". En effet, le scabreux est souvent plus racoleur et audimat attitude que la recherche d’une réponse à un problème réel. Ce “problème”, c’est 15 à 18 000 personnes en France vivant de la prostitution, en marge de la légalité et, de ce fait, subissant tout ce qu’il peut y avoir de sordide dans le non droit.

Cependant, dur est aussi le combat contre quelque chose de bien ancré dans la souche franchouillarde, la personne prostituée étant perçue en effet comme le principal responsable, volontaire, de son état. Il existerait donc une catégorie de personnes dont la seule faculté professionnelle serait de subir des viols quotidiens pour le bon plaisir de la bite à Dudule, excusez-moi l'expression.

Pourtant, à Rennes, le problème quotidien du ramassage de préservatifs usagés, de l'ambiance angoissante d’un quartier transformé en sex-shop, a fait progresser l'idée que le client devrait être responsable, lui aussi, devant la justice.
A Rennes, m'explique Sébastien Sémeril, "ont été multipliées les arrestations de clients, et certaines personnes voulaient même faire des listes de noms à paraître dans la presse". Le client est donc aussi tout à fait condamnable, responsable dans un seul désir de libido, d'alimenter un marché cruel dans lequel la loi est celle du plus fort, du meilleur exploiteur de son prochain.
Car la prostitution est bien une exploitation, et le cas de celle ayant sévi dans le quartier Saint-Hélier, du printemps 2001 jusqu'aux dernières arrestations de proxénètes, en est un exemple flagrant. En effet, même Le nid (mouvement anti prostitution) n'a pas réussi à approcher ces femmes, africaines, ne pouvant pas s'exprimer car n'ayant pas pu apprendre le français, et surtout à cause de la pression exercée sur elles par leurs soi-disant amis, les proxénètes. Ces pressions peuvent être dettes à payer, menaces sur les familles … concept ô combien proche de celui des sectes qu'on a tous tant décriées…

Donc, dur de démanteler ces réseaux rapidement avec la complexité d'une justice "qui n'interdit pas la prostitution en temps que telle, mais le racolage ou l'exhibition". Le caractère international des réseaux, et la situation précaire des prostitué(e)s, souvent sans papiers, criblé(e)s de dettes, effrayé(e)s autant par la police que par les proxénètes, sont autant de difficultés supplémentaires pour les enquêteurs.
Alors, sordide, triste histoire. Nous sommes tous responsables, à rire du sujet, alors qu'on est tous d’accord pour lutter contre les sectes. Evidemment, on parle du plus vieux métier du monde, bien ancré dans les cultures populaires, mais on parle aussi d'un métier que personne ne veut faire, hommes, femmes, noirs, blancs, et qui ressemble étrangement à un esclavage d'un autre temps. Cela peut arriver, là, tout près de chez vous.

 

 

 

 

ENTRETIEN AVEC UN ÉLU
Oré /Avril-Mai 2002

8

 


Fin mars, ZAP a rencontré deux membres de “l’Association Laennec St Hélier" au sujet des pétitions diffusées dans les commerces du quartier de la Gare.

L'association a pour volonté de démanteler le réseau de prostitution qui a lieu dans son quartier pour le "retour à la sécurité" des habitants, et la défense de l'être humain. Et ce, sans pour autant repousser les prostituées vers un autre quartier.

L'association a décidé d'agir pour son quartier et ses habitants, car la prostitution, installée et développée depuis près d'un an, a entraîné toute une série “d'incivilités". Selon l’association, ces faits tels que tags, violence verbale et physique entre clients et entre clients et prostitués, trafics divers, vols, nuisances sonores, trafic automobile plus important le soir, dégradation de certains endroits publics, etc… seraient directement liés à l’activité de prostitution du quartier. De même pour le racolage sur la voie publique qui, tout comme le proxénétisme, est interdit par la loi.

Les habitants de ce quartier ne se sentent plus en sûreté le soir, et s'inquiètent de ce que peuvent percevoir les enfants. Depuis déjà quelques mois, l'Association Laennec St Hélier a donc débuté un travail de longue haleine. En effet, elle a déjà récolté 1 400 signatures environs pour ses pétitions.
Mais cette association a aussi travaillé en collaboration avec la police pour démanteler les réseaux. Certains habitants du quartier ont même prêté leur appartement aux enquêteurs pour filmer de leur fenêtre le manège des voitures qui défilent dans la rue, repérer les clients, les manières de "racoler" des prostitués, mais aussi et surtout, repérer leur " Mac " ou proxénète lorsqu’elles leur remettent l'argent qu'elles ont gagné.
Des réseaux de prostitutions ont ainsi été démantelés, mais il en existe encore beaucoup d'autres. Tout n'est pas encore terminé, loin de là. Affaire à suivre…

 

 

 

 


MICRO-TROTTOIR
Anne et Thomas /Avril-Mai 2002

8

 


Rennes a toutes les qualités des grandes métropoles : pollution, métro et prostitution. La pollution, ça nous déplait, le métro, il vient juste d'être fait. Et la prostitution, qu'en pensez-vous ? Le temps d'un micro-trottoir, nous vous avons interrogés dans le quartier Saint-Hélier Dès 22 heures, sur le trottoir, des femmes attendaient, et en face, les commentaires fusaient :

Mathieu, 20 ans, "Je suis assez choqué. J'habite ici depuis 20 ans, et j'ai jamais vu ça. C'est récent. Il y avait un marché à prendre. Avant, c'était marginalisé. Ils les font venir en France, leur font miroiter un avenir, et en même temps, il faut qu'elles remboursent le voyage. Après, peut-être que la drogue vient s'ajouter là-dessus. Ca m'énerve : c'est une société de cinglés. Les filles sont de la marchandise, c'est tout. On en est arrivé à ça. Avant, c'était plus Amour-Secours. Si on peut pas l'éradiquer, il vaut mieux légaliser les maisons closes. Je sais pas, c'est pas humain".

Phillippe, 44 ans, "Oui, je connais bien, j'habite dans le quartier. Je peux vous dire que ça marche très bien. Au début, il y avait une ou deux femmes, après on est arrivé à sept ou huit, maintenant beaucoup de clients circulent. Les filles ne sont pas volontaires, elles sont exploitées par des réseaux. Ce qui est embêtant, c'est la violence que ça engendre. L'autre jour, elles se sont battues avec des clients. C'est une ambiance assez lourde. Je ne pense pas que les maisons closes soient la solution : ça signifie aussi des réseaux derrières, il y aura la main mise de la mafia. Mais c'est vrai, le côté sanitaire est intéressant."

Marie, 22 ans, "Je passe souvent par là, et la situation n’est pas super. C'est inquiétant pour elles : elles semblent toutes jeunes et n'ont pas l'air de bien parler français. Je ne sais pas dans quelles conditions elles travaillent, dans des voitures ou ailleurs. Mais les maisons closes pour la sécurité et l'hygiène, c'est mieux pour elles. En Hollande, les femmes dans les vitrines, ça me plait pas trop non plus. Apparemment, il y avait un besoin à Rennes. Moi, je viens de Brest et c'est le même phénomène, les même filles, tout pareil. Ca fait un peu supermarché."

Amélie et Justine, 21 ans "On les croise tous les soirs, lorsqu'on sort. C'est un réseau, elles tournent vachement. Ca me fait mal au cœur de les voir dans la rue. Dans les maisons closes, c'est plus sécurisé, elles ont au moins un toit, elles sont au chaud et on voit qui rentre et qui sort. Là, on sait pas où elles vont. Mais il y a quand même des mecs qui sont tombés. La police a réussi à démanteler un réseau."

 

 

 

Le Val, ses pachydermes et son flop
Anne /Avril-Mai 2002

8

 


Le vendredi 15 mars, Rennes était en fête. Nous avons tous été bombardés de grandes informations sur la fameuse inauguration du Val. Les festivités devaient être des plus incroyables. D’ailleurs, tout était réuni pour faire de cette inauguration un événement à ne pas oublier.

Il y a très, très longtemps, il était une fois un métro. Un beau, grand et luxueux petit train-train pour parcourir du Nord au Sud, la grande ville de Rennes. En 2002, après des mois, des années de bouchons, de déviations et de travaux, il est enfin arrivé. Le beau Val allait être mis en circulation. Après tant d'attente, d'espoir et de rêves, on s'attendait à beaucoup. Le métro est très luxueux et sécurisé. Il est pas trop cher, il est rapide. Après une semaine d'aller et venues dans la ville, nous avons tous pu apprécier ces qualités.

Le vendredi 15 mars, nous avons donc décidé d'aller boire un verre en ville et d'assister à la grande fête de l'inauguration de notre beau métro. En arrivant, nous nous sommes noyés parmi la foule. Du monde à gauche, à droite, en face, partout, partout. Des petites fourmis en actions se réunissaient pour découvrir le spectacle de sons et lumières pour notre métro. 21h00 : rien. 21h10, toujours rien. 21h15… rien non plus. Et enfin, après un temps indéterminé (je ne demandais plus l'heure à mes voisins), le beau monument de la Poste s'est éclairé de lumières jaunes, rouges, bleues, sur fond de musique que je qualifierais peut-être d'expérimentale. Quel beau spectacle ! ! On entendait très bien la musique mais rien d'autre à l'horizon. Puis, quelques sons de pétards (presque mouillés), nous ont interpellés. "Il est où le feu d'artifice, maman ?" s'écrit un gamin sur les épaules de son père. Nous étions tous Place de la République, et pas de chance, les festivités ne s'y déroulaient pas…encore (? ?)! ! ! "Maman, je vois pas avec tous les gens" ajouta le petit garçon. En effet, du haut de mes 1,64 m (c'est grand, hein ?), et même sur la pointe des pieds, je n'ai pu apercevoir que quelques vagues traînées de fumée noire. Après ce constat, nous avons commencé à discuter entre voisins. "Si c'est comme ça tout le long, j'aurais pas du venir. Il va falloir qu'ils fassent mieux que ça tout à l'heure"… J'écoutais les commentaires autour de moi, et je peux vous dire que je n'aurais pas aimé être à la place de la Municipalité et du réalisateur. Après avoir entendu la belle musique, les pétards et les conversations, les pachydermes sont arrivés. J'étais plié de rire, mais surtout de pitié. Des bus, paraît-il, passaient devant la Poste sur une musique encore plus douteuse que celle du début. Je me suis donc levé et j'ai aperçu, en effet, le toit de nos fameux bus du Star. Après au moins 15 minutes (voire plus) de défilé de bus (enfin, de toîts de bus), nous avons entendu de la vraie musique bretonne.
Mais, comme toujours, on ne faisait que l'entendre (les rennais sont vraiment trop petits… ou trop grands !). Et enfin, pour être quand-même sympa avec la Mairie de Rennes, il faut dire qu'après 20 minutes de spectacle, nous avons commencé à voir des torches tournantes… enfin des trucs comme ça. "Ah, ça commence, maman !" s'écria enfin le petit garçon. Et soudain, comme par miracle, la maquette d'un métro s 'est dressée devant nous. Là , c'était impressionnant. En plus, avec la musique bretonne, c'était pas mal. Et là, après 10 minutes d'étonnement et de joie pour les petits enfants, nous entendons en voix off : "Merci à tous d'être venus. Nous vous invitons maintenant à danser au fest-noz, place de la Mairie". "C'est pas vrai !" s'exclama une dame derrière moi, "Ils ont fait tout ce tapage pour un spectacle pareil, et en plus, c'est nos impôts qui y passent !". Elle avait dit tout haut ce que tout le monde pensait tout bas. Et soudain, des sifflements se sont fait entendre. Le public sifflait le spectacle. La honte… "Maman, c'est déjà fini, et le feu d'artifice, c'est quand ?" Et le petit garçon siffla lui aussi




500x700 /67Ko

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Bonne route pour le Val
Fabienne /Avril-Mai 2002

8

 


"Rennes a su évoluer avec son temps", s'exclame un voyageur enthousiaste à sa sortie de la rame. Après de longues années d'interrogation - métro ou tramway -, puis les débats houleux des élus, parfois peu enclins envers le projet, et enfin des travaux difficiles, souvent interrompus en raison de l'instabilité du sol, le Val a enfin vu le jour.


Ce nouveau venu entame le premier acte d'une métamorphose de la ville. Le symbole d'une évolution chère à Edmond Hervé qui souhaite faire de Rennes "Une capitale au sens propre du terme, qui assume ses devoirs d'avenir, ose, innove, crée et entreprend." De son côté, Marylise Lebranchu, la plus finistérienne des Gardes des sceaux, a, quant à elle, insisté sur la dimension régionale de l'événement. "Le développement d'une métropole ne se fait pas contre le reste d'une région." a-t-elle annoncé lors de son discours inaugural. L'euphorie des officiels a aussitôt rejoint celui des rennais. Près de 300 000 visiteurs ont profité de la semaine de découverte qui leur était proposée. Une occasion d'apprécier ce nouveau moyen de transport grâce auquel il est aujourd'hui possible de traverser la ville en un quart d'heure, sans le souci des embouteillages, ni celui des feux rouges. Ce fut aussi le temps de formuler quelques critiques. Notamment sur la vitesse de la rame parfois jugée excessive et sur la fermetures des portes, que certaines personnes jugent trop violentes. Mais cela n'ôte en rien le bon accueil des rennais, fiers de leur Val et aussi de se voir entrer dans le livre des records. Car aujourd'hui, Rennes est devenue la plus petite ville au monde à posséder un métro. .....Fabienne

 

 


LA PALESTINE
Benoit Bertrand /Avril-Mai 2002

8

 


Un autre regard sur le conflit israëlo-palestinien

BENOÎT BERTRAND
Collaboration spéciale

Le Franco publie cette semaine le témoignage de Benoît Bertrand, étudiant et activiste français, qui est allé, pendant une semaine, à la mi-avril, en Palestine et en Israël. Il a pu visiter des camps de réfugiés palestiniens, investis, quelques semaines plus tôt, par l'armée israëlienne, qui les considère comme des "nids de terroristes". Au-delà des images de violence qui nous arrivent, presque tous les jours, sur les réseaux de télévisions et dans les quotidiens, M. Bertrand fait une analyse sur le terrain, qui dénonce la politique d'exclusion et de répression d'Ariel Sharon, premier ministre israëlien, et les conditions de vie du peuple palestinien.

Les propos que vous allez lire peuvent choquer pour au moins deux raisons. La première, bien sûr, c'est l'horreur des faits qu'ils rapportent, mais vous risquez aussi d'être surpris par le fossé entre cet article et ce que que les grands médias occidentaux rapportent du "problème palestinien".

Je ne suis pas partisan et comme l'a très bien dit un activiste de la paix anglais, en cherchant à protéger une infirmière du UPMRC (Union of Palestinian Medical Relief Commitees, ONG médicale palestinienne) de l'arrestation et du passage à tabac gratuit dont les ambulanciers et le médecin qui nous accompagnaient furent victimes: "si c'était une juive, je ferais la même chose, si c'était une juive, vous feriez comme moi".

Je dénonce toujours avec force tous les attentats et je ne cherche pas à nier la terreur qu'ils provoquent en Israël. J'ai, comme beaucoup, manifesté contre l'antisémitisme et ne manque aucune occasion de le combattre. Je suis seulement un citoyen français qui ne supportait plus ce qui lui semblait être une injustice flagrante faite aux Palestiniens. Après l'organisation de ciné-débats et la participation à quelques manifestations pour l'application du droit international en Palestine, j'ai longtemps hésité avant d'aller sur place.

Le temps me manquait (je travaille sur une thèse de mathématiques qui aurait du être finie en décembre dernier…) et la peur me conseillait de ne pas partir. Finalement, je me suis inscrit dans une délégation organisée par France-Palestine Solidarité, mais je n'ai appris que celle-ci avait été annulée que deux jours avant la date prévue pour mon départ. J'ai alors repris un billet d'avion et j'ai eu la chance de rencontrer, sur place, un groupe de la Campagne Civile Internationale de Protection du Peuple Palestinien (CCIPPP), qui a accepté que je me joigne à eux.

Nous sommes d'abord allés à Naplouse, où nous avons été les premiers "observateurs étrangers" à entrer dans le camp de Balata depuis les bombardements. Nous avons découvert un spectacle de misère et de désolation. Les ordures jonchaient les rues et avaient rendu l'eau des puits impropre à la consommation. Tout manquait, vivres et médicaments, mais le plus difficile, pour les habitants, était l'isolement total qu'ils avaient connu pendant 13 jours.

La nuit précédant notre entrée dans Balata, le camp voisin d'Askar avait été bombardé par les chars de 3h à 10h du matin. En voulant aller de Balata à Askar, nous avons été arrêtés par deux chars dont les occupants refusaient toute discussion et ont tout de suite tiré sur les murs et sur la route tout près de nous.

Les actes de violence gratuite et les traitements dégradants dont nous avons été témoins à Naplouse montrent qu'il sagit plus que d'une guerre, mais de la volonté claire de mettre à genoux chaque individu du peuple palestinien.

De retour à Jérusalem, nous avons été surpris par des explosions répétées qui nous rappelaient celles que nous avions entendues la nuit précédente. Il s'agissait, en fait, des célébrations de l'indépendance d'Israël. C'est emblématique de ce que nous avons ressenti en repassant en Israël: malgré les attentats, la vie continue, les voitures circulent, les gens sortent, travaillent, font leur courses et font même la fête. Ce n'est pas la guerre en Israël. Il règne un calme étrange si insolite… quand à 20 kilomètres seulement, les chars ne s'arrêtent jamais. Il faut à jamais oublier le tableau symétrique que nous dressent trop souvent les grands médias occidentaux.

Le surlendemain, nous partions pour Jénine. Après deux tentatives infructueuses de franchir l'encerclement de Jénine en jouant les randonneurs égarés, nous essayons un autre itinéraire, pendant que notre bus s'en va pour faire diversion. Cette fois, nous avons sorti les drapeaux blancs et nous tentons de rester à couvert le plus possible sans toutefois donner l'impression que nous nous cachons.

De village en village, après une halte dans un centre d'accueil pour réfugiés de Jénine, un taxi nous dépose à quelques centaines de mètres du camp. Alors que nous arrivons au centre du camp, une femme descend en courant et en criant le nom de son fils mort. Nous sentons d'abord l'odeur de cadavres putréfiés, mêlée à celle des ordures qui brûlent un peu partout autour du camp et nous découvrons, hallucinés, l'ampleur de la dévastation.

La partie centrale du camp, où les chars ne pouvaient accéder, a été complètement rasée. Il reste une immense place de gravats et d'armatures tordues sur laquelle on marche sur ce qui fut trois étages de maisons. Partout, vêtements, chaussures et chaussons dispersés, traces de vies de réfugiés ordinaires, nous rappellent les familles qui habitaient ici. Trois larges artères de gravat coulent depuis la place vers le bas du camp. Ce sont encore des habitations broyées, transformées en rampe d'accès au centre du camp, pour les chars.

Le soir, après avoir convoyé des provisions à l'intérieur du camp, toujours armés de nos drapeaux blancs, nous écoutons l'insoutenable récit que nous fait Chivis, professeure de littérature anglo-saxone à l'Université de Birzeit, de ce qui s'est passé pendant les 15 jours d'occupation du camp.

Elle fut la première à y entrer, utilisant sa nationalité américaine pour convoyer des médicaments à l'intérieur, sans que les snipers et les chars ne lui tirent trop dessus. Elle a vu les familles hagardes commencer à sortir des maisons et fouiller à mains nues les décombres à la recherche de leurs proches. Elle a trouvé des lambeaux de peau sans aucun autre reste de corps à proximité. Décontenancée, elle a demandé à un médecin palestinien ce que ça pouvait bien être. Celui-ci lui a dit que c'était tout ce qui restait des corps lorsqu'ils étaient soumis à de fortes pressions à de multiples reprises, écrasés par des bulldozers ou par des chars. Les témoignages qu'elle a recueillis à différents endroit du camp, donnés par des personnes n'ayant eu aucun moyen de communication entre elles, sont cohérents et concordent avec ceux que nous avons nous- même entendus dans le camp, le lendemain matin.

Aucun chiffre précis ne peut être donné et les Palestiniens n'essaient pas d'en avancer, au contraire, ils nous mettent en garde pour que nous nous ne faisions que témoigner précisément… sans en rajouter. Il y a eu des exécutions sommaires, des grenades incendiaires lancées dans certaines maisons par les "équipes de nettoyage", un sourd est mort de n'avoir pas répondu à l'ordre de lever son T-shirt (sans qu'on prenne la peine de lui demander par geste), un handicapé physique et mental a été enseveli sous les décombres de sa maison, alors que sa mère était sortie prévenir les militaires qu'il ne pouvait se déplacer…

Les corps et les gravats mêlés ont été déplacés et redéplacés au bulldozer pendant 10 jours, l'armée a creusé de grands trous, cassant les canalisations d'eau, dans lesquels personne ne sait s'il y a quelque chose à trouver, mais qui ont créés trois mares nauséabondes de cinq mètres de diamètre et quelques centimètres de profondeur en trois endroits.

Cet acharnement incroyable sur les cadavres, pendant de longs jours, est quelque chose dont jamais je n'avais entendu parler. La seule explication cohérente, et qui concorde avec les "petites" brimades quotidiennes et inutiles dont nous avons, par ailleurs, été témoins, c'est la volonté de détruire de l'intérieur, de saper le moral des survivants pour qu'à la fin, ils renoncent à tout et demandent que, par pitié, on leur ouvre un corridor pour passer en Jordanie. C'est d'ailleurs l'un des plans que Sharon a annoncés dans ses "mémoires".

Mais la détermination des Palestiniens n'est pas encore rompue, car vendredi matin, moins d'une heure après que les chars eurent quitté la ville, la plupart des réfugiés retournaient habiter dans le camp, malgré les conditions d'hygiène catastrophiques et les écroulements prévisibles de maisons, dont il ne restait que deux ou trois façades. Beaucoup d'ailleurs furent blessés par des engins qui n'avaient pas encore explosé et la fouille des décombres aura probablement apporté aussi son lot de victimes.

C'est cette détermination calme que les citoyens des pays occidentaux doivent aller soutenir, en aidant, en parlant, en échangeant avec un peuple d'une hospitalité qui jamais ne se dément. Tous les Palestiniens que nous avons rencontrés, écoeurés de l'inaction de la communauté internationale, nous ont dit que nous étions leur dernier espoir pour faire passer l'information, raconter et convaincre, pour qu'enfin, sous la pression, nos gouvernements passent à l'action contre la politique de Sharon.

Pour plus d'informations :

www.protection-palestine.org

 

Arrivée de la délégation dans le camp de Jenine.

500x375 /16Ko

 

 

 

 

 

 

Mosquée détruite.

380x500 /16Ko

 

 

 

 

 

 

 

Ambulance mitraillée .

380x500 /16Ko

 

 

 

 

 

 

 

Soins.

500x375 /13Ko

 

 

 

 

 

 

 

Blocage de la délégation.

500x375 /13Ko

 

 

 

 

 

 

 

Sous ces décombres...

500x375 /22Ko

 

 

 

 

 

 

 

Vue de Ramallah

500x375 /13Ko