Jungle urbaine
Camille/Fév.Mars 2002
 


Et nous voilà tous occupés à griller nos neurones et accessoirement nos forfaits avec ces petits micro-ondes vocaux portatifs, dans la liberté de nous exposer ou non à des radiations peut-être dangereuses pour nous-mêmes.

Mais voilà, vous pouvez vous réveiller un jour et lire, en bas de votre immeuble, un petit papier plein de couleurs et inoffensif vous informant d'installation d'antennes relais pour téléphones portables en terrasse. C'est ce qui est arrivé aux habitants du 9, rue Surcouf, dans le quartier Arsenal-Redon en petit cadeau de bonne année. Cependant, l'association de locataires de ces immeubles, dont M. Beaufils est le trésorier, n'a pas l'habitude de se laisser faire. En effet, créée en 1996, l'association avait déjà pris position pour l'installation de jeux d'enfants à proximité de l'immeuble. Ainsi, en creusant un petit peu, les locataires se sont aperçu que l'autorisation des travaux n'avait pas été délivrée à l'opérateur, en l'occurrence Bouygues Télécom. De plus, interdite à Rennes depuis juillet 2000, l'installation des antennes relais a été ré-autorisée depuis l'été dernier.
Affaire à suivre…
Cependant, cette petite histoire remet sur la table un débat non clos. En effet, les opérateurs sont tout à fait dans la légalité pour ces installations, bien qu'on puisse être sceptique quant à leurs risques sur la santé, et ceci d'après un rapport ministériel, fait par une commission réunie par le docteur Zmirou. Après un certain nombre de "banalisations" sur l'effet de ces ondes, le rapport conclut à l'inutilité d'un principe de précaution, ressortant encore une fois l'exemple d'ignares et de sceptiques qui doutaient du bon fonctionnement des trains, de l'incidence de la vitesse sur le corps humain, et qui se sont retrouvés en marge du progrès au 19ème siècle. Ainsi, au nom d'un progrès faisant rage, nous devrions nous taire et accepter ces bonnes ondes de la modernité…

 


Les gens du voyage
Aunoré/Fév.Mars 2002
 


Au total, les tziganes sont environ 20 millions dans le monde, 7 à 8 millions en Europe et près de 300 000 en France. L'unité de ce peuple est dans la circulation, la rencontre et l'échange. Il existe une pluralité de groupes tsiganes distincts, ayant une identité propre et un parcours historique unique.

Les Tziganes sont mal connus de nous tous, car ils sont différents de par leur langue, leur organisation sociale et, tout simplement, leurs traditions. Ainsi, la peur de l'autre, de l'étranger, modèle jusqu'ici notre perception du monde. Les tziganes nous dérangent encore trop souvent, de par la méconnaissance que l'on a d’eux. Avant d'explorer quelques points de leur culture, nous pouvons dresser le bilan de l'accueil qui leur est réservé à Rennes. A l'heure actuelle, beaucoup de choses ont changé, et ce, particulièrement grâce aux pouvoirs publics qui s'y intéressent. Ils sont, en effet, reconnus comme les membres d'une catégorie sociale défavorisée, proche de l'exclusion. En effet, à Rennes, depuis plusieurs années déjà, la question évolue. Il y a deux terrains de stationnement à Rennes, et plusieurs dans la métropole, et une association comme Ulysse 35 fait un important travail à ce sujet. Le but est de les aider, sans changer leur culture. Ainsi, des animateurs, et des travailleurs sociaux viennent rencontrer les familles et tenter de répondre à leurs besoins. Un suivi et un soutien adaptés sont établis auprès de certaines familles, dans le but, par exemple, de les guider vers les prestations sociales auxquelles ils ont droit... Bref, une action importante est menée dans le domaine social pour une meilleure cohabitation de tous, par-delà les différences. Car ce sont bien elles qui sont souvent à l'origine des peurs, des incompréhensions et du racisme naissant.

Quelques faits en exemples :
- Les tziganes semblent oisifs. Pourtant, ils ont des métiers. Certains sont ferrailleurs, artisans ambulants, d'autres couteliers... Ces types de métiers correspondent parfaitement à leur idéal de vie nomade.
- Les tziganes se réunissent l'été en grands rassemblements qui nous semblent étranges. En vérité, le mouvement évangélique (dogme chrétien) s'amplifie peu à peu chez les tziganes d'Europe, éveillant une conscience du respect de l'autre (le Gadjé).
- Les tziganes arrivent parfois de toute la France pendant plusieurs jours pour se retrouver. C'est une grande tradition qui traduit leur sentiment de solidarité. Ils se réunissent en effet pour apporter leur soutien et leur chaleur à une personne malade, une famille en deuil, ou pour un mariage.
- Les enfants ne semblent soumis à aucune contrainte scolaire. Aussi choquant que cela puisse nous paraître, les parents estiment que leurs enfants apprennent autant au contact de la nature, de la vie, et des "frères", qu'enfermés en classe à écouter un savoir (ou plutôt des sottises) qui ne prend pas sens dans leur quotidien. Chez les gens du voyage, le principe de liberté est élevé au dessus de tout autre. "Le gadjo ne comprend pas le Gitan, il ne le respecte pas : il veut qu'il travaille !" Parole de Gitan. Cette liberté est parfois exercée jusqu'à nier celle d'autrui, et c'est ici que se repose la question fondamentale inhérente à l'intégration des tziganes : comment parler d'échange, d'insertion, tout en essayant de conserver l'unité identitaire de tout un peuple ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tare Academy
Laurent/Fév.Mars 2002
 


Et allons-y nous aussi. Après tout, puisque tout le monde donne son avis sur tout et n'importe quoi, je ne vois pas pourquoi je ne vous donnerais pas le mien sur la Star Academy. Parce qu'il n'y a pas de raisons pour que je sois toujours emmerdé par l'opinion des autres, je vais tâcher, pour une fois, de vous emmerder avec la mienne. (Vous devriez essayer, c'est un défoulatoire à la limite du thérapeutique.)

Petit rappel : Zap est un journal dit "de ville et de quartier", avec pour seuls moyens d'investigation, la motivation de ses journaleux, le talent de notre rédac'chef bien aimée et les sous de la mairie (C'est beaucoup, les sous, vous me ferez remarquer). Quoi qu'il en soit, nous n'avons ni carte de presse, ni entrées à T.F.1, ni même de potes-en-fac-d'audiovisuel-en-stage-à-M6 qui nous permettraient de vous apprendre des trucs sur les coulisses secrètes de l'émission. Aussi il est inutile d'attendre ici des infos type : "Jean-Pascal est le cousin d'Arthur, c'est pour ça qu'on l'a pris à Star Academy" ou encore "Loana a donné un rein au chien de Benjamin Castaldi pour participer à Loft Story" Et parce qu'au fond, on s'en tape un peu de savoir qui de Mario, Laure, Aziz ou un bouchon de Tipex a le plus de chance de trouver un emploi de bureau après cette "formidable aventure humaine" comme ils disent, l'objet du présent article ne sera donc pas tant de parler des participants de ces émissions, que des concepts eux-mêmes desdits programmes familiaux. Là où nous aurions peut être plus autorité (légitimité ?) à parler de ce que devient une partie des programmes des chaînes privées (et pourtant : "C'est mon choix" sur Frances 3), c'est tout simplement en tant que spectateur, et citoyen. Précision : si j'ai suivi Loft Story à bloc, je n'ai qu'entraperçu Koh-Lanta, Pop-stars et Star Academy. Bien assez à mon sens pour pouvoir en parler en connaissance de cause. Ce qui me gêne vraiment, au fond, dans ces émissions, c'est qu'elles font corps avec les chaînes qui les diffusent, et l'idéal de société qu'elles présentent. Elles prétendent, de par leur appellation même de télévision de la réalité, dépeindre la vie, la vraie, et forcément, les vrais gens qui vont avec. Jusqu'alors, grâce aux jeux de pognon à la télé, on pouvait faire rêver le pékin moyen en lui faisant croire que lui aussi pouvait gagner plein de thunes. Le problème, c'est qu'il devait toujours se sentir aussi con, le pékin en question qui gagnait plein de pognon à la télé. Il voulait sans doute que la télé arrive à lui faire croire qu'il l'avait mérité, son pognon. Qu'il était un artiste ! Un vrai de vrai, avec des idées intéressantes sur la vie et tout. Abracadabra, c'est désormais chose faite : la télé offrirait ainsi au téléspectateur la seule chose que tout l'argent des vendeurs de lessives ne pouvait pas lui payer jusqu'alors : du talent ! Bon sang de bon sang ! Mais qu'est-ce que je me suis emmerdé toutes ces années à rentrer dans l'univers musical intimiste, colérique ou poétique de musiciens en tous genres et toutes tendances confondues, avec leur univers, leur couleur bien à eux, alors qu' il suffisait d'aller brailler les tubes sucrés de Pascal Obispo ou Notre Dame de Paris sur T.F1 ou M6 pour être appelé un Artiste. Et je revois les deux finalistes recevoir cette vieille roulure de Jacques Séguéla dans le château, afin de se faire expliquer par les soins du bon maître comment être sincère : "Tu étais très bien, Mario, quand tu nous as parlé de ton amour du public, de la scène. Tu as levé la tête au bon moment. Ca faisait très “nouveau-romantique” à la Francis Lalanne". ( Tu aurais pas pompé sur Patrick Fiori quand il parlait de l’émotion qui l'emportait quand résonnaient au loin les cloches des petites chapelles perdues dans les montagnes corses de son enfance...). Et de blâmer la pauvre Jennifer : "Prends exemple sur Mario. Tu dois porter dans tes yeux l'émotion qui t'étreint". (Un peu comme Lara Fabian qui chiale sur l'épaule de Laurent Boyer à Fréquenstar). Mais pourquoi pas? A l'heure où la sincérité ne rapporte pas de pognon, pourquoi perdre du temps à devenir de vrais individus avec une vraie personnalité, quand des types comme Séguéla peuvent nous montrer comment avoir l'air sincère en trois minutes. Prenez-en de la graine, les enfants. C'est comme ça que vous pourrez bouffer votre prochain, dans la vie. Après tout, c'est sûrement comme ça que les hommes politiques nous font croire que la misère humaine les préoccupe pour de vrai... Et là je me dis : c'est peut-être ça, le vrai but : montrer sans complexe, voire avec cynisme à un pays entier que les artistes qu'il voit à la télé sont des produits d’une stratégie marketing aussi travaillée que celle d'un nouveau yaourt allégé et que, bien qu'on vous l'ait montré, ça marche quand même, ça fait même un malheur dans les supermarchés.

Je vois deux réactions possibles à ça :
- Conforter celui qui croit que le pognon doit faire et fait la loi.
- Dégoûter celui qui pense que l'humain se mesure autrement qu'en pognon.
A moins d'avoir un extraordinaire sens du recul, celui-là, il doit en faire une drôle de gueule. Mais bien évidemment, ça n'est que mon opinion, et elle vaut ce qu'elle vaut

 

 

 


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Retour du Liban
Zaz/Fév.Mars 2002
 


Cette année, pas de fastes à la française pour Noël. C'est au Moyen-Orient que j'ai déballé les cadeaux, loin des dindes farcies et des buches glacées… C'est plutôt autour des mezzés, kebabs et narguilés qu'on a fêté l'arrivée du p'tit Jésus. Dès que j'ai parlé de ce voyage, la réaction des gens autour de moi a été très particulière : "Mais t'as pas peur d'aller au Liban et en Syrie ? C'est dangereux, là-bas" ou encore "Moi, tu sais, à ta place, j'éviterais d'aller là-bas. Depuis le 11 septembre…on ne sait jamais". Alors, j'ai pris mon sac à dos, mon insouciance (ou peut être ma naïveté), et direction Beyrouth !!!

J'allais rejoindre mon frère qui vit là-bas depuis 15 mois déjà. Première vision du Liban : Beyrouth. Une ville bruyante, polluée, où le sport local consiste à éviter les voitures tout en traversant. Et puis, en levant les yeux, quelque chose nous tracasse, voire nous effraie… Beaucoup de façades montrent encore les cicatrices de la guerre civile qui a opposé Musulmans et Chrétiens de 1980 à 1990. Derrière ces murs criblés, les grues s'agitent, les tracto-pelles et les bétonneuses s'affolent. La chasse au promoteur et à l'immobilier est ouverte. Malgré cela, on s'y sent comme dans une métropole occidentale, avec une particularité cependant : quand, à un coin de rue, on voit une mosquée, à l'autre, c'est une église. Après la ville, la campagne s'étend dans une bande de 300 km de long et 100 de large et on n'est pas déçu. Batailles de neige en montagne et baignade en Méditerranée… C'est pas facile tous les jours les vacances !!! Ensuite, la Syrie, totalement dépaysante. Les villes avec les souks, les mosquées et les hammams. Une sorte de fourmilère géante. Et puis, le désert de pierres en bordure de Mésopotamie, paysages arrides et inhospitaliés. Comme une vision, on voit apparaître des oasis. Du vert au milieu du jaune ! Un souvenir marquant de ce pays : les femmes, leur voile et leur condition. En tant que petite française, cela m'a impressionnée. Les unes portent un voile simple, d'autres un intégral. Comme des fantômes que l'on voit déambuler. Et j'avoue que j'ai encore des pincements au cœur en me les remémorant. Mais ce n'est pas pour autant que je me suis sentie en insécurité. Un peu différente, c'est tout. J'avoue quand même que j'aurais du mal à m'habituer à cette condition si je devais y vivre. C'est dans ce genre de situation que l'on apprécie notre liberté. Voilà les quelques images marquantes de ce périple. Et, à tous, je conseille cette destination de voyage. D'ailleurs, s'il vous reste un peu de place dans vos valises, je suis encore partante.

 

 

 

 


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Votez, les jeunes !
Laurent/Fév.Mars 2002
 


Quand j'étais petit, (et je vous défends de dire que vous n'en avez rien à faire de quand j'étais petit) si jamais j'avais le malheur de donner mon avis sur la façon dont mes parents me gouvernaient, je risquais au minimum de me faire emprisonner pour mes idées dans une des geôles fascistes de la maison (à savoir : ma chambre). Mes revendications étaient pourtant légitimes, quand je leur signifiais poliment que je trouvais quelque peu rébarbatif de me forcer à manger treize petits gervais au fruits pour mon quatre heures, sous prétexte que "ça compte autant qu'un steak". Je peux maintenant affirmer que, malgré ma corpulence d'athlète et ma santé de marathonien, je suis content de pouvoir crier haut et fort à mes parents que douze de ces petits yaourts aux fruits m'auraient amplement suffit. Quel rapport, me direz-vous, avec le droit de
vote ?
Et bien parce qu'au fond, nous sommes tous restés des enfants attachés à une de ces chaises hautes pour bébé où nous ne pouvons que nous agiter de droite à gauche pour exprimer notre désaccord, quand fonce sur notre petite bouche potelée et dédaigneuse une pleine cuillerée de blédina parfum brocolis-épinards. On se dit que ça ne sert à rien, que les politiques "c'est tout magouille et compagnie", et que, de toute façon, c'est joué d'avance. J'ai tendance à voir les choses sous un autre angle. Ne serait-ce que pour venger tous ces bébés à qui on inflige quotidiennement des desserts qu'ils n'aiment pas, je trouve dommage d'avoir une fois de temps de temps l'opportunité de faire entendre ma voix à ceux qui me servent jour après jour les mêmes salades, la même soupe, et de ne pas en profiter. Vous n'en avez pas marre, vous, d'entendre les candidats commencer la moitié de leurs phrases par "les Français ont envie de ceci", "Les français ne veulent pas de cela"... Ne trouvez-vous pas un rien stupide ceux qui rouspètent dans leur coin contre "les politiques", tout en concluant par un de ces fameux "De toute façon, moi j'ai pas voté pour lui. D'ailleurs, j'ai pas voté du tout." Mais je sais que vous savez ce que vous avez à faire. Après tout, vous êtes majeurs. Et puis ça n'est que mon opinion, et elle vaut ce qu'elle vaut... Toutes les infos à propos des inscriptions sur les listes électorales sont sur le site de la cidem "civisme et démocratie", qui est un regroupement de 9 assos qui ont pour dénominateur commun de combattre les inégalités et les discriminations, de contribuer à l'épanouissement des citoyens autonomes, solidaires et responsables, et de promouvoir le civisme. La grande classe, quoi !

 

 



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